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UNE ETUDE DIT QUE …OH LA PRUDENCE !

secretariatdocteur4
il y a 48 minutes
6 min de lecture

Les études scientifiques sont désormais accessibles au grand public. Attention, leur interprétation et leur extrapolation vers la vraie vie sont complexes ! Comment exploiter ces nouvelles connaissances ?



Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport



Bon nombre d’influenceurs sportifs plongent et se noient dans PubMed. Ils n’ont pas appris à nager dans les courants impétueux de la bibliographie. Ils remontent parfois en surface pensant avoir découvert un trésor abyssal… alors qu’il ne s’agit que d’un banal coquillage… voire d’un couteau rouillé et dangereux !




Même les grosses études médicales peuvent se tromper !



Toutes ces références doivent être interprétées au filtre des connaissances, de l’expérience et du bon sens avec un maximum de vigilance ! Il faut en prendre conscience ! Retenez bien ces assonances 😊 ! La médecine est particulièrement concernée par l’imperfection de la recherche. De multiples grosses études ont été retoquées, voire invalidées malgré des protocoles sérieux et coûteux. Retenons pour l’exemple l’étude des 7 pays d’Ancel Keys menée auprès de 12 763 patients. Elle mettait en évidence que plus l’alimentation était riche en cholestérol, plus il y avait de crises cardiaques. Son retentissement international fut d’une telle ampleur que de nombreux gouvernements enclenchèrent des campagnes de prévention antilipides au profit des glucides. Cette étude mal fagotée et les stratégies nutritionnelles qui en ont résulté ont largement contribué à l’épidémie mondiale de diabète et d’obésité. Pourtant, à y regarder de plus près, les biais étaient nombreux. Le principal constitue une erreur emblématique. Il existait une corrélation statistique entre cholestérol et infarctus… il ne s’agissait en rien d’une causalité démontrée. Le cholestérol est « marqueur » mais pas forcément un « acteur » de la maladie cardiovasculaire.



UNE ÉTUDE MAL COMPRISE ET LA PLANÈTE DEVIENT OBÈSE



À bien y réfléchir, puisque le sexe masculin favorise les crises cardiaques, le cholestérol se situe au même niveau que la cravate et la jupe. La cravate est corrélée à un surrisque, mais l’enlever et enfiler une jupe ne va pas protéger les hommes ! Alors, continuez à ne pas abuser du saucisson et des croissants au beurre, prenez votre traitement anticholestérol. Mais évitez les produits sucrés et n’oubliez ni les végétaux ni l’activité sportive ! La biologie est complexe !



Autre exemple ! En 2002, une énorme étude sur le traitement hormonal de la ménopause a plongé inutilement dans le mal-être des millions de femmes ! Elle porte le nom de Women’s Health Initiative. Elle regroupait 27 347 patientes de 63 ans en moyenne. Elles prenaient un traitement à base d’hormones artificielles promues par le laboratoire Wyeth sans personnalisation des doses. Les résultats intermédiaires montraient une augmentation peu significative des cancers du sein. Les conclusions furent extrapolées à tous les traitements traditionnels.



UNE ÉTUDE MAL INTERPRÉTÉE ET DES MILLIONS DE FEMMES SOUFFRENT INUTILEMENT



Ce fut un cataclysme ! Pendant 20 ans, les médecins de la terre entière cessèrent toute prescription. Pourtant, les biais étaient massifs : hormones de synthèse, âge trop avancé, pas de suivi, pas d’individualisation des doses ! Heureusement, l’étude E3N 2005 rétablit la vérité. Lorsque les molécules sont naturelles et leurs posologies adaptées, quand la prise en charge est précoce, le risque de cancer n’augmente pas… au contraire ! Que de souffrance inutile pour une étude mal interprétée !



L’appareil locomoteur : le parent pauvre de la recherche !



Vous l’avez compris : de très grosses études peuvent être prises à défaut et mal interprétées. Alors que penser des toutes petites recherches menées par des statisticiens peu expérimentés et dont les résultats sont extrapolés dans la vraie vie par des profanes ! En effet, la recherche sur les médicaments profite d’énormes investissements. On dit que le « brevet fait le budget ». En moyenne, elle dure 10 à 15 ans, regroupe 5 000 patients et son coût s’élève souvent à plus de 1 milliard d’euros. De surcroît, avant mise sur le marché et remboursement, les résultats sont analysés par des instituts experts. En France, tout est contrôlé par l’ANSM, la HAS et le CEPS. On y ajoute aussi l’EMA au niveau européen. Sans oublier que le médicament est surveillé indéfiniment afin d’analyser les éventuels effets indésirables intolérables qui apparaissent lorsque la population concernée augmente et que le traitement se prolonge, on parle de « phase 4 ». Ainsi, malgré de lourds protocoles initiaux, 462 molécules ont été retirées du marché dans au moins un pays ces 50 dernières années. En France, on pense bien sûr au Mediator, mais aussi au Di-Antalvic, au Myolastan et au Fonzylane plus récemment.



ÉTUDES SUR LES MÉDICAMENTS



5 000 PATIENTS, 15 ANS, 1 MILLIARD D’EUROS



LOURDE VALIDATION INSTITUTIONNELLE



SURVEILLANCE PERMANENTE



… DES ERREURS PARFOIS



ÉTUDES SUR L’APPAREIL LOCOMOTEUR



44 PATIENTS, 9 SEMAINES, 100 000 EUROS



VALIDATION HÉTÉROGÈNE



PAS DE SURVEILLANCE SUR LE LONG TERME



… NOMBREUSES ERREURS PROBABLES



Alors que penser des petites études sur l’appareil locomoteur érigées comme des vérités ? Les fameuses EBP, Evidence-Based Practice, guident les stratégies sportives et rééducatives de façon parfois très dogmatique. Pourtant, leur puissance est dérisoire face à celle des médicaments parfois mise à mal ! En moyenne, elles regroupent 44 individus… contre 5 000, souvenez-vous ! Elles durent 9 semaines… contre 15 ans. Elles coûtent 100 000 euros… contre 1 milliard ! Elles ne sont pas analysées par des instituts experts. Même PubMed mentionne parfois sur les articles mis en ligne : « avertissement de non-validation ». Et pire encore, il n’y a aucune surveillance sur la durée de l’efficacité ou sur la dangerosité des méthodes ou des exercices proposés. Pourtant, il est classique que des effets indésirables majeurs apparaissent quand ces protocoles se prolongent et que la population concernée augmente !



L’exemple du squat profond !



Cet exercice de musculation consiste à renforcer les jambes en fléchissant complètement les genoux. Les connaissances, l’expérience, les références bibliographiques traditionnelles et le bon sens du médecin du sport l’amènent à déconseiller ce mouvement. Les tensions vectorielles, les positions articulaires, les blessures rencontrées incitent à la prudence. C’est particulièrement vrai concernant la préparation physique à la course à pied. En effet, la science a réellement validé la notion de spécificité pour l’efficacité. Et ce principe est bafoué sans scrupule. La course se fait en appui sur une jambe et le genou se fléchit peu ! Le transfert du squat vers la foulée est très improbable.



MÉTA-ANALYSE : HÉTÉROGÉNÉITÉS DES RECRUTEMENTS, DES PROTOCOLES, DES CRITÈRES ÉTUDIÉS : PRUDENCE !



Pourtant, une méta-analyse de 2024 a bousculé les recommandations et a été brandie comme une révolution. Elle revendique l’innocuité du squat et sa pertinence dans l’engagement musculaire. Alors regardons de plus près ! Une méta-analyse fait la synthèse de plusieurs études afin d’obtenir un nombre plus important de patients. Malgré la puissance affichée, les inconvénients sont majeurs. Ils tiennent à l’hétérogénéité des recrutements, des protocoles et des objectifs des études retenues. Très souvent, l’objet de la recherche n’est pas le même que celui de la méta-analyse. On parle de « critère secondaire ». Ce dernier ne peut bénéficier du même suivi. Dans la vraie vie, la gélule que vous avalez n’a jamais été validée par une méta-analyse ! Les membres des institutions de santé n’hésitent pas à imager le concept : « Le plus souvent, les méta-analyses consistent à mélanger des pommes et des carottes pour faire du jus de poireaux ».



ÉTUDES SUR QUELQUES ÉTUDIANTS EN SPORT PENDANT 6 SEMAINES…



EXTRAPOLATION INTERDITE VERS TOUTE UNE POPULATION D’ADULTES OU DE SENIORS MODIFIANT LEUR PROGRAMME POUR LA VIE ENTIÈRE



Ainsi, à l’occasion de la compilation de Rojas et Camillo de 2024, l’absence de douleur était systématiquement un critère secondaire. Les objectifs étaient exclusivement orientés performance : implications des différentes masses musculaires, gain de force, transfert technique. Le plus souvent, l’absence de douleur était déduite de la poursuite du protocole avec préservation de la qualité du geste. Parfois, il s’agissait d’une simple question parmi d’autres. Aucun examen médical rigoureux, aucune IRM ne sont venus étayer la bonne tolérance tissulaire aux squats profonds. De plus, toutes ces recherches ont été menées auprès de quelques étudiants en sport, pendant 6 à 12 semaines. Appareil locomoteur « tout neuf », connaissances techniques, durée dérisoire, aucune surveillance sur le long terme interdisent formellement la moindre extrapolation à la vraie vie ! Quid de Sylviane, 52 ans, en pleine ménopause, porteuse d’une banale dysplasie de rotule, souhaitant faire du renforcement jusqu’à la fin de ses jours. Après 2 semaines de squats profonds, elle va finir dans mon bureau avec les genoux en feu ! Après 6 mois, elle aura définitivement décapé son cartilage, elle pourra renouer avec la sédentarité et envisager une prothèse !



Les études sont essentielles. Elles font avancer et progresser ! Mais elles doivent être interprétées avec vigilance et bon sens, au regard des connaissances, de l’expérience, du bon sens et des autres références ! Retenez bien ces assonances !



Elles peuvent engager des réflexions menant à des modulations ! Elles permettent des évolutions, pas des révolutions. Elles sont des inspirations mais ne sont pas des religions ! Souvenez-vous de cette répétition !



Soyez prudent avant de changer les pratiques qui vous conviennent ! Ne bouleversez pas votre programme après avoir écouté un influenceur lambda qui régurgite la synthèse du résumé d’une conclusion d’un article mal digéré ! Attention à la gastro-entérite PubMed ! Les séances les plus adaptées sont probablement celles que vous réalisez depuis des années sans vous blesser, sans vous épuiser, avec régularité, assiduité et efficacité pour votre santé et votre longévité !

 
 
 

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