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RUPTURE DU CROISE NON OPEREE : REEDUCATION 

  • secretariatdocteur4
  • il y a 1 heure
  • 7 min de lecture

Vous avez fait une entorse du genou avec rupture complète du ligament croisé antérieur. Vous ne souhaitez pas vous faire opérer !  C’est possible ! Avec un bon protocole de rééducation, la vie et le sport peuvent continuer !


Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

Rédacteur en chef de www.docdusport.com 

 

Le ligament croisé antérieur est une cordelette fibreuse située au centre du genou. Il relie le fémur au tibia. Il croise avec son faux jumeau, le ligament croisé postérieur. Il empêche le tibia de partir vers l’avant mais aussi de tourner. Son rôle n’est pas que mécanique. Il est bardé de capteurs neurologiques qui informent le cerveau  de la position de l’articulation. On dit qu’il a un rôle structural et fonctionnel.

 

LA RUPTURE ISOLEE DU CROISE EST RAREMENT TRES DOULOUREUSE

 

Il peut se déchirer lors d’un mouvement forcé en pivot, en bascule … voire en hyperextension ou en hyperflexion. Très souvent, la rupture n’est pas complète. Les tests de laxité sont à peine positifs et l’IRM montre un ligament flou à la manière d’un nuage mais qui reste continu. Dans ces circonstances, il est possible qu’il cicatrise spontanément ou avec l’aide d’injections de plaquettes. Parfois, la lésion est totale et les deux extrémités du ligament ne sont plus en contact. Un faisceaux est couché sur le tibia et l’autre est suspendu au fémur. Même dans ces circonstances, on peut envisager de tester la rééducation pour renouer avec une vie sereine et de nombreux sports.



 

Le premier jour du reste de ta vie

 

En cas de rupture isolée du ligament croisé antérieur, les douleurs et le gonflement sont souvent modérés. Il s’agit d’une petite structure contenant peu de vaisseaux. Voilà qui encourage à rester actif afin de ne pas déconditionner la force, la mobilité et la coordination. Cependant, cette dernière est souvent altérée car le cerveau ne bénéficie plus des informations de tension et de position en provenance du ligament croisé. Il est perdu ! Il arrive même que vous fassiez des mini entorses dans la vie quotidienne appelées accidents d’instabilité.

 

UNE GENOUILLERE ARTICULEE LE TEMPS

DE LA SIDERATION FONCTIONNELLE

 

Il ne faut pas que cela se produise trop souvent car c’est désagréable, anxiogène … et surtout voilà qui abîme les autres structures de votre articulation. En attendant que votre genou apprenne à exploiter les informations en provenance des autres ligaments, des tendons et des muscles qui l’entourent, il est possible de mettre une genouillère. Sa taille et ses caractéristiques varient en fonction de l’ampleur et la fréquence de ces instabilités. Bien sûr cette dernière autorise toujours la flexion extension pour entretenir force et mobilité. Les renseignements venus du tissu qui glisse sur la peau informe le cerveau de la position de votre genou. Les haubans latéraux ralentissent les mouvements de bascule. Votre système nerveux peut en profiter pour stabiliser votre genou dans les activités relativement lentes et prévisibles du quotidien. Bref, cette genouillère ne vous déconditionne pas ! Au contraire, elle vous permet de continuer à vaquer à vos occupations. Vous vivez normalement !

 

De la rééducation rapidement !

 

Le port de la genouillère est provisoire. Vous l’avez compris, cette orthèse ne revendique la cicatrisation de votre croisé. Elle cherche à vous stabiliser le genou dans les jours qui suivent la sidération de coordination par absence d’information en provenance de ce ligament. Heureusement, avec le temps et la rééducation, le système nerveux va apprendre à exploiter les renseignements venant des autres ligaments, des muscles et des tendons qui entourent le genou. L’entretien et le travail des muscles se révèlent essentiel. Mais  grâce à votre stratégie active, vous n’avez pas beaucoup perdu. Il faut surtout réveiller, activer et rééquilibrer le fonctionnement musculaire. Un retour à la confiance consciente et inconsciente est indispensable. Votre kiné vous montre que vous être apte à réaliser de nombreux mouvements simples puis plus complexes voire potentiellement source d’instabilité.

 

LES ISCHIOJAMBIERS : MAGIQUES POUR LA STABILISATION

 

Les ischiojambiers sont les muscles situés à l’arrière de la cuisse. Ils se terminent en haut du tibia avec des tendons situés de chaque coté. Si vous regardez votre genou de profil plié à 90°, vous constatez que la traction de ces muscles tire le tibia vers l’arrière … comme le croisé. Si vous observez votre membre inférieur de face, vous voyez qu’ils longent la jambe de chaque coté comme les haubans d’un mât et contrôlent les bascules du genou … comme le croisé. Si vous visualisez votre genou vu de haut, fléchi à angle droit, vous remarquez qu’ils se placent comme les rênes d’un cheval et régulent les rotations … comme le croisé ! Les ischios sont magiques pour compenser l’absence de croisé ! Il faut les bosser ! Votre kiné vous aidera à réaliser de nombreux exercices. Mais, à la salle, deux machines où vous fléchissez les genoux contre résistance sont incontournables. Sur la première vous êtes assis, sur la seconde vous êtes allongé sur le ventre. A la maison, l’exercice de référence consiste à monter le bassin allongé sur le dos. On peut décliner de multiples variantes plus ou moins difficile. Il est possible de le faire avec les pieds au sol ou sur l’assise d’une chaise voire les talons plantés sur un ballon de gym. Lors de ce dernier mouvement, vous pouvez ajouter à l’élévation du bassin, une flexion de genou pour ramener le ballon vers votre buste. Cet exercice est idéal car il associe flexion de genou et extension de hanche, les deux missions des ischios jambiers. Ces mouvements sont réalisables avec deux puis avec une jambe.

 

TRAVAIL PRECIS DU QUADRICEPS POUR LA PROPULSION

 

Le quadriceps a plutôt tendance à tirer le tibia vers l’avant … à l’inverse du ligament croisé. Cependant, il est indispensable à l’extension, il faut donc le réveiller et le travailler intelligemment. La première option consiste à solliciter en même temps que les ischios. De fait, cette cocontraction stabilise le tibia sous le fémur. Ça tombe bien ce phénomène se produit lors du mouvement spontané de propulsion, lorsque le genou et la hanche s’étendent simultanément. De fait, la marche, les escaliers, les squats, les fentes … puis la course et le saut sollicite le quadriceps sans translation du tibia. Le travail isolé du quadriceps est controversé mais il reste important pour conscientiser son engagement. Il existe plusieurs astuces pour limiter son effet tiroir antérieur. Premièrement, lorsque l’exercice est réalisée en flexion importante entre 90 et 60°, sa contraction a plutôt tendance à serrer l’articulation. Le tibia glisse moins vers l’avant. Deuxièmement, quand on souhaite se rapprocher de l’extension, il est opportun de placer la résistance  en haut du tibia. Cette contrainte fait reculer le tibia et compense l’action du quadriceps. Le travail dans ce secteur angulaire est nécessaire car il est plus spécifique de la vie quotidienne et du sport. A la salle, peu de machine permettent de décaler le rondin. Les kiné sont souvent mieux équipés. A la maison, il est possible d’utiliser un lest à velcro que vous accrochez juste sous le genou.

 

Réconciliation avec l’équilibre

 

Le travail de la coordination peut commencer rapidement. Il est juste opportun de limiter la vitesse, la charge, la complexité. Sans aucun de corps, assis sur une chaise, vous pouvez poser le pied sur un ballon et le mobiliser dans les sens, les yeux ouverts en observant le mouvement, puis en regardant la télé, puis les yeux fermés en écoutant un podcast. Faire de mini squats sur une jambe constitue rapidement une bonne routine. Là encore, un peu de progressivité s’impose. D’abord devant la glace puis face au mur puis les yeux fermés. Assez vite, vous associez une flexion et un relèvement du buste. De cette manière, l’extension de hanche engage les ischios protecteurs. L’ensemble de ces mouvements est initialement réalisé sur sol stable puis sur votre matelas.

 

LA DANSE PERSO : UN OUTIL FABULEUX DE COORDINATION

 

N’hésitez pas à investir dans un petit coussin gonflable dit de proprioception. Les exercices et les activités les plus complexes peuvent être commencés avec la genouillère. Cette dernière vous rassure et apporte, pour un temps, un complément d’information en provenance des frottements cutanés. La danse tranquille à la maison est une bonne idée pour une rééducation proprioceptive personnalisée et évolutive. Débutez devant la glace avec la genouillère. Augmentez progressivement la difficulté : la durée, la vitesse, la complexité chorégraphique. Votre kiné vous concocte une gamme  d’exercice de plus en plus proche des sports qui vous tiennent à cœur.

 

Le sport indispensable à votre rééducation

 

Dès les premiers jours, après disparition des douleurs, l e sport participe à votre réhabilitation. Bien évidemment, initialement, il s’agit d’une pratique sécure. La salle de cardiotraining s’y prête parfaitement. Le vélo, le rameur, l’elliptique, le stepper, le stairmaster, le tapis avec marche en pente puis trottinement  proposent un mouvement de propulsion engageant la cocontraction du quadriceps et des ischiojambiers qui stabilise le genou. Le geste se fait dans l’axe, sans risque de bascule ou de torsion.

 

LE MULTI CARDIO EN SALLE EST INCONTOURNABLE

 

L’exercice est répétitif et programmé, la coordination n’est jamais piégée. Ce type d’entraînement associe renforcement et endurance, c’est idéal. Dès que la confiance est revenue, souvent après 4 à 6 semaines, il recommandé de reprendre la course à l’extérieur … c’est le chemin du retour à la vie. Recommencez sur macadam puis chemins damés puis sur sol irrégulier.  Peu à peu remettez du relief. Bien sûr, la descente est plus à risque. Rien ne vous empêche de remettre votre genouillère pour franchir chacune des étapes … jusqu’à l’oublier ! Pour les adaptes des sports ludiques, il est crucial de valider de nombreux éducatifs en kinésithérapie. En pratique de loisir, les sports de raquette, imposant des pivots mais pas de contact, peuvent être testée. C’est d’autant plus vraie que dans ce contexte les genouillères renforcées sont autorisées. A l’inverse, c’est souvent plus risqué pour les disciplines de ballon qui imposent des contraintes de pivots et des contacts tout en interdisant le port de genouillère renforcée. Néanmoins de nombreuses anecdotes contredisent cette remarque pessimiste. La plus célèbre concerne Michel Platini. Le staff médical de l’équipe de France rapporte que le joueur a fini sa carrière sans ligament croisé. Force et coordination s’occupaient de la stabilité de son genou. Heureusement, le ski sans engagement technique, avec puis sans genouillère, reste beaucoup plus accessible.  

 

Si l’instabilité persiste …


Si malgré cette prise en charge rigoureuse, votre genou se dérobe dans la vie de tous  les jours. Il faut vous faire opérer ! La situation est trop anxiogène et trop dangereuse ! Vous risquez une mauvaise chute dont les conséquences iraient bien au-delà du genou. Vous pourriez, par exemple, tomber dans les escaliers ou en traversant un boulevard très passant.

Si votre genou est stable au quotidien, à la natation, au vélo et à la course mais instable dans les sports de raquette ou de ballon, si vous ne souhaitez être serein à ski ou en trail, une chirurgie s’impose … à moins que vous ne renonciez à ces activités engagées … Parfois acceptation, adaptation vaut mieux qu’obstination

Votre doc du sport qui fait du sport, votre auteur serviteur, n’a plus de ligament croisé à son genou droit. Je suis stable au quotidien et à la course sur terrain varié. Cependant, je ne souhaite pas prendre le risque de dévaler les descentes en trail. Donc, je me suis proclamé spécialiste du kilomètres vertical 😊Je redescend tranquillement en marchant aidé de la quadrupédie de mes bâtons. Mieux encore, j’utilise les petits trains de montagne, la voiture sur certains col ou encore les téléphériques 😊 

 

 

 

 
 
 
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