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LE CONFLIT ANTÉRIEUR DE CHEVILLE,UNE BLESSURE D’ATHLÈTE HYBRIDE 

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il y a 10 minutes
5 min de lecture

Vous courez régulièrement. Vous faites déjà de la musculation. Puis vous découvrez l’HYROX et ses ateliers fonctionnels. Votre cœur suit. Vos muscles progressent. Mais vos chevilles découvrent des angles qu’elles connaissaient beaucoup moins ! Explications et solutions.


Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

Rédacteur en chef de www.docdusport.com

 

Chloé a 27 ans. Elle est jeune avocate. Pour gérer le stress de son métier, elle fait du sport trois à quatre fois par semaine. Elle court régulièrement et pratique aussi la musculation en salle, plutôt sur des appareils à charges guidées. Depuis quelques mois, son conjoint lui a proposé un nouveau défi : préparer un HYROX en double mixte. Voilà qui change un peu la musique ! Chloé continue à courir mais elle doit désormais pousser et tirer un traîneau, faire des fentes, ramer, enchaîner les burpees et préparer les fameux wall balls. Elle se met donc à travailler sérieusement ses squats. Elle descend de plus en plus bas. Elle multiplie les fentes.


 

ATTENTION AU CHANGEMENT BRUTAL D’AMPLITUDE ET DE CONTRAINTE.

 

Quelques semaines plus tard, elle commence à ressentir une douleur à l’avant des deux chevilles. La course reste possible. Les machines de musculation classiques passent encore à peu près. En revanche, dès qu’elle avance beaucoup les genoux au-dessus des pieds, ça coince ! Squat profond, fente profonde, départ ramassé sur le rameur ou wall balls : même combat ! Lorsque je l’examine, la douleur apparaît immédiatement à l’accroupissement. Je la reproduis également en mobilisant la cheville et en appuyant juste à l’avant de l’articulation. À cet endroit, la membrane qui tapisse la cheville, la synoviale, est épaissie. Je lui explique alors que son tibia vient cogner un peu trop fortement sur le talus, l’os principal de la cheville situé juste dessous. Lorsque vous avancez le genou au-dessus du pied, le tibia se rapproche normalement du talus. Mais si vous allez très loin dans cette amplitude, surtout de façon répétée et sous charge, les tissus situés entre les deux se retrouvent comprimés. Ils s’irritent, gonflent et prennent encore davantage de place. Chez Chloé, le mollet en position longue manque encore de force de freinage, il contrôle mal la flexion de cheville. C’est un grand classique des transitions sportives. Chloé avait des chevilles parfaitement adaptées à la course et à sa musculation habituelle. L’HYROX lui demande désormais plus d’amplitude, plus de charge, plus de répétitions et surtout les trois en même temps. L’IRM confirme le diagnostic. Elle montre un épaississement de la synoviale, un œdème osseux réactionnel avec des zones de souffrance en miroir sur le tibia et le talus et déjà un petit bec osseux débutant, le fameux ostéophyte. L’os tente de renforcer la zone mais, en gagnant quelques millimètres, il réduit encore l’espace disponible.

 

On essaye sans aiguille

 

Le premier objectif consiste à calmer l’emballement inflammatoire. Le conflit mécanique a irrité la membrane de l’articulation. Cette dernière libère des substances inflammatoires. Des cellules immunitaires arrivent sur place pour nettoyer les petits débris issus des tissus agressés. Au départ, cette réaction est utile. Mais elle peut finir par s’auto-entretenir. Les tissus gonflent, sont encore davantage coincés entre le tibia et le talus et s’irritent de nouveau. En l’absence de contre-indication, je propose donc à Chloé une courte cure d’anti-inflammatoires pendant une quinzaine de jours. Elle utilise aussi un peu de froid le soir si la cheville reste sensible. Parallèlement, je lui prescris des compléments alimentaires : collagène, glucosamine, chondroïtine et silicium. Ils apportent certains constituants ou précurseurs présents dans les tissus articulaires. J’y associe des extraits végétaux qui participent à la régulation de l’inflammation : curcumine, harpagophytum ou griffe du diable, et boswellia.

 

ON CALME L’INFLAMMATION

ON PREND LE TEMPS DE S’ADAPTER AUX CONTRAINTES SPECIFIQUES

 

Pendant quelques jours, Chloé fait surtout du renforcement des membres supérieurs et entretient son endurance avec du vélo tranquillement. Quand la douleur diminue, elle recommence progressivement les exercices spécifiques. Au début, pas de squat profond. Elle descend seulement jusqu’à avoir les cuisses à peu près horizontales. Elle garde une amplitude confortable puis augmente doucement la charge. Pas l’amplitude et la charge le même jour ! Elle reprend aussi les fentes en limitant la fermeture de la cheville. Pour les ateliers qui imposent beaucoup de flexion, notamment le rameur et surtout les wall balls, elle peut réduire sa part. Voilà tout l’intérêt du double mixte ! Elle peut laisser davantage de ces répétitions à l’homme de sa vie. C’est aussi cela, l’amour : savoir déléguer intelligemment les wall balls !

 

Une infiltration pour gagner du temps

 

Si malgré cette stratégie la douleur reste importante, l’infiltration devient une bonne option. Elle permet d’apaiser l’emballement inflammatoire qui dégrade le cartilage. L’objectif est d’injecter un corticoïde directement dans l’articulation pour dégonfler la membrane épaisse et retrouver un cartilage plus ferme et moins friable. J’aime profiter de cette aiguille pour préciser encore le diagnostic. On injecte également un produit de contraste puis on réalise un arthroscanner. Le produit vient se glisser à la surface du cartilage et le scanner permet de visualiser très finement les petites irrégularités, fissures ou pertes d’épaisseur. Une aiguille, deux intérêts ! On associe ainsi le geste thérapeutique au geste qui précise le diagnostic. Après l’infiltration, je demande trois à quatre jours de tranquillité pour la cheville.

 

L’INFLAMMATION NE CICATRISE PAS LE CARTILAGE,

ELLE LE GRIGNOTE !

 

Chloé peut parfaitement faire du renforcement du haut du corps. Puis elle reprend progressivement. D’abord du vélo facile. Ensuite un peu de course. Puis de la musculation avec des amplitudes modérées. Enfin les exercices spécifiques de l’HYROX. Il faut augmenter les contraintes une par une. Une infiltration peut faire disparaître la douleur bien avant que la cheville ait récupéré toute sa tolérance mécanique. Faire taire l’alarme ne signifie pas que l’articulation est immédiatement prête à tout encaisser.

 

Un PRP et on prend du temps !

 

Si l’infiltration n’a pas suffi ou, plus probablement, si Chloé réussit son HYROX mais que la douleur récidive ensuite, nous pouvons discuter une injection de PRP associée à de l’acide hyaluronique. Le PRP, ou plasma riche en plaquettes, est obtenu à partir d’une petite prise de sang réalisée quelques minutes avant. Le tube passe dans une centrifugeuse et l’on récupère la fraction riche en plaquettes. Ces petites cellules servent normalement à fabriquer le premier bouchon lorsque vous vous coupez. Mais elles libèrent aussi de nombreuses molécules de communication et des facteurs de croissance. Elles stimulent les cellules du cartilage qui construisent les grottes tissulaires qui les entourent. J’aime y associer de l’acide hyaluronique. Cette grosse molécule existe naturellement dans le liquide articulaire. Elle lui donne une partie de ses propriétés visqueuses et élastiques. Elle améliore la lubrification et participe à la répartition des contraintes.  Dans le conflit de Chloé, le tibia vient régulièrement appuyer contre le talus. L’acide hyaluronique ne va évidemment pas écarter les deux os et il ne rabote pas l’ostéophyte. En revanche, grâce à ses propriétés viscoélastiques, il peut être comparé à un coussin liquide qui contribue à mieux répartir les pressions. Une sorte de petit amortisseur entre le tibia et le talus ! Après l’injection, Chloé rentre en voiture, idéalement accompagnée. Si elle doit prendre les transports en commun et que la cheville est douloureuse, elle utilise temporairement des béquilles. Pendant cinq jours, pas de sport avec cette articulation. Du cinquième au dixième jour, elle reprend un peu de vélo facile. À partir de J10, elle augmente progressivement l’intensité et peut recommencer à trottiner si tout est confortable. À partir de J21, elle retrouve les exercices avec charge et surtout réintroduit progressivement les amplitudes. Quart de squat, demi-squat, cuisse horizontale puis, seulement si son projet sportif l’impose et si la cheville le tolère, travail plus profond. À six semaines, nous faisons le point. Si tout se passe bien et si Chloé veut ensuite tenter un HYROX complet, il faudra aller plus loin dans la préparation. Elle devra apprendre à contrôler et surtout à freiner le mouvement dans les amplitudes maximales. Une cheville ne doit pas seulement être souple. Elle doit être capable de ralentir et de stabiliser l’articulation lorsqu’elle arrive près de sa limite. C’est cette adaptation progressive qui permettra à Chloé de devenir vraiment une athlète hybride, sans demander à sa cheville de signer le contrat en quelques semaines.

 

 
 
 

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