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UNE BOITERIE A VELO !

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

Rédacteur en chef de www.docdusport.com

 

Michel a 38 ans. Il pratique le VTT en compétition. Il adore le cross-country et même la descente. Pendant le confinement il a fait beaucoup de home-trainer pour décliner les hautes intensités.  Et, de temps à autres, il s’échappait dans les profondes forêts du jura pour pédaler en endurance … au risque de voir un écureuil contaminé par le coronavirus 😊 !

 

Plusieurs semaines après le retour à la liberté, il me consulte en vidéo. A VTT, il se plaint d’une douleur sur le côté de la hanche droite, en regard du moyen fessier. Je reste intrigué car ce muscle est peu sollicité à vélo. En effet, il a pour mission de stabiliser le bassin lorsque le sportif est en appui sur une seule jambe. A vélo, les deux pieds sont placés sur les pédales et surtout les fesses sont posées sur la selle. Les quelques tests possibles à distance mettent en évidence une sensibilité lors des exercices renforçant les fessiers et les ischiojambiers. Michel parvient à mieux localiser sa douleur. Elle est plus postérieure que le moyen fessier … et surtout elle semble plus profonde. Je suis perplexe. Alors je l’interroge …



 LE BASSIN EST EN EQUILIBRE A VELO

LES MUSCLES STABILISATEURS TRAVAILLENT PEU

 

Le Doc : Dites moi Michel. Avez-vous considérablement augmenté votre charge d’entraînement après le confinement ? Avez-vous lâché les watts dès que vous avez pu crapahuter sans limite dans la montagne ?

 



Michel : Non, non pas tant que ça ! Les compétitions n’ont pas repris immédiatement. J’ai renoué avec le foncier plutôt sereinement. Sans compter que j’avais plutôt gardé la forme en alternant fractionnés à la maison et grandes balades en solitaire …  

 

Le Doc : Alors, avez-vous changé de matériel ou de réglages sur votre machine ?

 

Michel : Comme beaucoup, après cette période difficile, j’ai voulu me faire plaisir. Je me suis offert un nouveau VTT, plus haut de gamme et plus léger. Mais, je connais bien le patron du magasin, il a conservé ma position de référence.

 

Le Doc : Bon Michel, votre blessure est atypique voire illogique. Je vous prescris une IRM de la hanche pour définir le tissu en souffrance, notamment les ischiojambiers, le grand et le moyen fessiers. Et, d’ici notre prochain rendez-vous, je vous invite à regarder sur vos applis sportives connectées. Essayez d’avoir quelques chiffres concernant la durée et l’intensité de vos entraînements. Surtout, je vous suggère de reprendre de façon exhaustive les cotes de votre nouveau vélo et les comparer à celles de l’ancien.

 

CHARGE D’ENTRAINEMENT ET MATERIEL : DES PISTES DIAGNOSTIQUES ET THERAPEUTIQUES SYSTEMATIQUES

 

Trois semaines plus tard, je croise Michel en vidéoconsultation. Lorsqu’il apparait sur l’écran, il est souriant. L’IRM ne montre pas de tendinite mais une bursite, c’est-à-dire une poche de glissement gonflée et inflammatoire, comparable à une ampoule profonde. Etonnamment, elle se situe entre l’os du bassin et l’os de la cuisse. Il s’agit plus exactement d’une bursite ischio-trochantérienne. Elle survient à l’occasion d’un conflit entre les ischions, les arches osseux à la base du bassin, et le petit trochanter, un relief situé en haut de l’os de la cuisse.




 

 

 

 

Le Doc : Ca alors !  C’est une lésion exceptionnelle ! Je ne comprends pas comment vous êtes parvenu à vous infliger une telle blessure ! Elle survient chez les sportifs qui réalisent des déplacements latéraux … et vous pédalez dans l’axe !

 

Michel : … Je pense que j’ai trouvé ! Conformément à vos conseils, j’ai revu toutes mes cotes. Et, j’ai découvert que j’avais une manivelle de 175 millimètres et l’autre de 170 ! Je ne m’en étais pas rendu compte car j’avais repris sans mettre de puissance, juste pour le plaisir des grandes balades dans la nature … Et, il est vrai que ma GARMIN a confirmé que l’augmentation de mon temps de pédalage comparativement aux sessions intenses effectuées sur Home Trainer pendant le confinement. Pour mémoire, je m’étais acheté mon vélo en pleine pénurie de matériel post-COVID. J’ai téléphoné à mon vélociste, il s’est confondu en excuses pour ne pas avoir vérifié mon vélo à sa livraison. Du coup, il m’a remplacé gratuitement une manivelle de 175 par une autre de 170. Depuis, je ne boite plus en pédalant 😊 …

 

DES MANIVELLES DE TAILLES DIFFERENTES : UNE BLESSURE POST COVID ! 😊 

 

Le Doc : … Eh bien en voilà une histoire originale … et finalement cohérente sur le plan biomécanique ! Du coté long, à chaque tour de pédale, vous deviez gratter millimètres pour abaisser ton fémur en le rapprochant de ton bassin ! Et cela, 90 fois par minute, pendant des heures, plusieurs fois par semaine ! Chocs et frottements ont provoqué la grosse ampoule profonde et douloureuse !  Comment vas-tu depuis que tu as corrigé ce problème mécanique ?

 

Michel : Je me sens mieux lors sorties longues … mais je reste gêné. Surtout après et la nuit suivante. D’ailleurs, l’IRM est récente et montre encore la bursite.

 

Le Doc : Michel, la conséquence tissulaire de ce mauvais fonctionnement s’est emballée. La bursite a beaucoup gonflé. Et, plus elle gonfle et plus elle frotte … et plus elle frotte plus elle gonfle ! Maintenant que vous avez trouvé et traité la cause, il est nécessaire de rompre le cercle vicieux. Je vous propose de réaliser une infiltration de corticoïdes sous échographie, exactement dans la poche inflammatoire. Ce cette manière, elle va sécher, elle ne coincera plus … d’autant que votre pédalage est désormais harmonieux.

 

UNE INFILTRATION, LE TRAITEMENT DE LA CONSEQUENCE, S’ACCOMPAGNE TOUJOURS DU TRAITEMENT DE LA CAUSE !

 

Nous débriefons un mois plus tard en vidéo. Michel n’a plus mal ! Il peut désormais parcourir des kilomètres sur les reliefs de sa superbe région … et mettre les watts dans les bosses … Il a retrouvé un maximum de plaisir sur son VTT !     

 

 

 

 

 

 

 

 

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