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LA SPECIALISATION PRECOCEN’EST PAS UNE DEMARCHE SANTE !

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  • il y a 14 heures
  • 6 min de lecture

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

Rédacteur en chef de www.docdusport.com

 

Erwan a 14 ans. Il revient me voir avec son IRM d’épaule. Il est accompagné de sa maman. Il pratique la natation à bon niveau depuis des années. Il a même été bébé nageur.  Entre les entraînements à la piscine, la préparation physique à sec et les compétitions, il taquine les 15 heures par semaine. Cette année, il est dans le groupe élite de son club et les séances sont très intenses. Il n’a pas encore d’horaires aménagés. L’année prochaine, s’il s’améliore encore, il pourra en bénéficier en intégrant un autre collège . En attendant, il a un agenda de ministre et navigue entre son domicile, son école et la piscine à grand coup de patinette. Il fait ses devoirs très vite entre la fin des cours et le début de l’entrainement.


 

L’ENNUI, L’ECOLE DE LA CREATIVITE

 

Il se couche tard et peine souvent à s’endormir, le corps encore excité par les derniers fractionnés. Le matin, quand le réveil sonne, il peine à émerger. Après le déjeuner, en début d’après-midi, il n’est pas rare qu’il somnole derrière son pupitre. Il est brillant les résultats scolaires sont corrects mais il n’a plus le temps de s’ennuyer … d’imaginer, de rêver, de créer !

 

Le Doc : Erwan ! Tu le sais, tu souffres de ton cartilage de croissance, la zone qui grandit à l’extrémité supérieure de l’os de ton bras, l’humérus. On parle de maladie de Panner ou ostéochondrose du nageur. Ces lésions sont provoquées par les tractions répétitives de la coiffe des rotateurs, les petits muscles qui centrent ton épaule.

 

LES TENDINITES DES ENFANTS : DES FISSURES DE L’OS EN CROISSANCE

 

Ton IRM confirme le diagnostic mais montre aussi que les lésions ne sont pas très graves. Depuis la dernière fois est-tu parvenu à nager tranquillement en bossant juste la technique ?

 

Erwan : Non ! Je ne voulais pas ! J’avais trop mal !

 

Maman : En ce moment, il fait un blocage ! Il m’a fait une scène alors que je lui ai proposé d’essayer ! C’est dommage, les championnat de France approchent … il va tout gâcher ! 

 

Le Doc : Bien sûr, Erwan a le droit de profiter de sa blessure pour vous passer un petit message ! Il regarde les carreaux bleus de la piscine depuis des années … il sature peut-être un peu ! Les enfants peinent à reconnaitre et à verbaliser leurs émotions … notamment par peur de décevoir leurs parents. Ils parlent fréquemment avec leur appareil locomoteur.

 

LES ENFANTS PARLENT AVEC LEUR APPAREIL LOCOMOTEUR

 

Maman : Pourtant, il adore la compétition … Je ne comprends pas !

 

Le Doc : Oui, en psychologie du sport, le désir de gratification est appelé motivation extrinsèque … à l’extérieure de la pratique. En revanche, la motivation intrinsèque se décline à l’intérieur de l’activité. C’est le plaisir du mouvement ! En natation, les sportifs décrivent souvent la sensation de glisse. En course, en rando ou en vélo, la contemplation des paysages intensifie le bonheur du geste.

 

JE N’AIME PAS NAGER, J’AIME GAGNER

LAURE MANAUDOU

 

La première motivation est plus labile, notamment en cas d’échec ! Elle a besoin de victoires. La seconde est plus pérenne et favorise l’assiduité et la santé. J’adore la première phrase de l’autobiographie de Laure MANAUDOU, elle décrit toute l’ambivalence de la compétition : « je n’aime pas nager, j’aime gagner ! »

 

Maman : Il ne va quand même pas arrêter ! C’est dommage ! Toutes ces années de travail ! Tu ne vas rester à la maison à scroller sur les réseaux sociaux !

 

Le Doc : Je ne crois pas que ce soit l’option d’Erwan.  Qu’en penses-tu ? … veux-tu faire un autre sport ? Tu sais que ma mission est de t’aider à devenir un adulte sportif !

 

Erwan : … C’est vrai ! J’en ai un peu marre ! … Je ne sais pas quoi faire !

 

Le Doc : Je vais glisser une idée à la petite famille et argumenter ! je te verrai bien en triathlète ! Plusieurs bonnes raisons !

Premièrement, la natation ne constitue pas un sport idéal. L’absence d’impact et de pesanteur ne sollicite pas le squelette. Les os ne se renforcent pas. Une étude a mis en évidence que les nageuses de haut niveau de 17 ans avaient une densité osseuse inférieure à leurs copines sédentaires. A l’inverse, la course à pied permet de capitaliser en période d’adaptation maximum des os solides pour la vie entière.  

Deuxièmement, tu te servirais de tous tes acquis techniques en natation. Tu sortirais de l’eau et tu grimperais sur ton vélo dans les premiers. Voilà qui peut être grisant et encourageant !

 

DIVERSIFIER POUR DEVELOPPER TOUT LE CORPS

 

Troisièmement, tu apprendrais d’autres mouvements et de nouvelles stratégies. Savoir faire du vélo et courir correctement te sera très utile toute ta vie. Le cyclisme n’est pas si évident. Il faut pédaler rond et haute fréquence pour bénéficier d’un bon rendement. Rouler en peloton ou dans la roue de ton prédécesseur imposent pas mal d’habileté. Prendre les courbes sans trop freiner, trouver les bonnes trajectoires et relancer avec fluidité nécessitent un réel apprentissage. Courir aussi s’apprend ! Optimiser l’économie de sa foulée nécessite aussi du travail et du temps. Varier les sports au sein d’une même discipline c’est quand même très sympa ! Et ce sont des activités d’endurance praticables pour la santé et le forme toute la vie sans s’ennuyer ! Et sur le plan cardio, elles se profitent les unes les autres.

Et de toute façon, tu es à un âge où ton cerveau est en pleine ébullition. Tes neurones se multiplient, envoient des ramifications partout et créer des milliards de connections. On parle de fenêtre de neuroplasticité. Tu apprends l’anglais et le chinois beaucoup plus aisément que moi ! De la même manière, tu dois en profiter pour acquérir de nombreuses techniques sportives ! Ce placement à haut rendement constitue un capital santé pour continuer à faire, avec un maximum de plaisir, plein de sport toute ta vie !

 

DIVERSIFIER LES APPRENTISSAGES PENDANT LE FENETRE DE PLASTICITE NEURONALE

 

Erwan : En vacances, quand on allait à la mer j’aimais bien nager ! Que pourrai-je faire pour progresser ?

 

Le Doc : D’abord tu pourras continuer, ça te sera très utile ! Mais surtout tu t’ouvres un maximum d’opportunité ludiques ! Les grandes virées à vélo, le VTT dans des coins magnifiques ou en montagne pour accroitre ton aisance sur la machine.  La randonnée et le trail te donneront aussi la caisse et une meilleure coordination en terrain varié.

 

Erwan : Ah oui ! ça, c’est sympa ! Faire un autre sport tout en continuant à progresser dans sa discipline principale !

 

Le Doc : Exactement ! On parle de mécanismes de transfert. Varier les sollicitations techniques te permet souvent d’améliorer ton geste … et parfois de faire la différence avec tes adversaires. Je me souviens du cas de Zlatan Ibrahimovicth, le célèbre footballeur charismatique et provocateur. Durant son enfance, il avait fait du foot et du Taek Wendo. Durant sa carrière, il frappait souvent le ballon en sautant comme s’il donnait un coup de pied de karaté !

 

DIVERSIFIER LES SPORTS POUR PROFITER DE TRANSFERTS VERS SA DISCIPLINE PRINCIPALE

 

Un schéma moteur qui n’existe pas au foot ! A la clé : puissance et déstabilisation des défenseurs ! Alors que je travaillais au centre de formation du PSG, nous avions été confrontés à la stagnation de bons gardiens de but. Ils avaient suivis le cursus de référence, ils avaient bien appris tous les gestes techniques. Malheureusement, ils leur manquaient la petite étincelle qui auraient fait la différence pour passer chez les pros … Dans leur cerveau ont trouvais une autoroute de neurones empruntée par tous les jeunes talents de leur âge. Il fallait désormais leur enseigner de nouveaux trajets sur de jolies petites routes de délestage pour passer du haut niveau à l’excellence ! Nous leur avons proposé de faire un peu de tennis et de squash. Des sports différents mais toujours avec des déplacements latéraux imposés par un adversaire et l’interception d’une balle avec les bras ! En quelques séances, nous avons constaté un transfert vers le foot. Ils étaient capables de gestes plus efficaces, plus créatifs, plus surprenant pour les attaquants adverses !

 

DIVERSIFIER POUR GARDER DU PLAISIR AUJOURD’HUI ET DEMAIN !

 

Erwan : Et, pendant les vacances d’hiver, je pourrai faire du ski ?

 

Le doc : Bien sûr, le ski de fond est un sport d’endurance exceptionnel ! Il développe une grosse puissance cardiaque car les bras, le buste et les jambes réclament simultanément beaucoup d’oxygène. Tu découvriras des paysages somptueux.

 

Erwan : Aïe ! Pas de ski de piste ?

 

DIVERSIFIER POUR MUSCLER SON CERVEAU …

DIVERSIFIER POUR APPRENDRE A APPRENDRE

 

Le doc : … mais si bien-sûr ! Plein de sport différents ! Autant que tu veux ! Enrichit ton cerveaux dès que tu en as l’opportunité … Pratique pour t’amuser des sports de glisse, de ballons, de raquettes ! C’est désormais bien validé, apprendre un sport procède du même processus cérébral que d’acquérir des connaissances et se cultiver. Pratiquer, programmer un geste enclenche des phénomènes neurologiques comparables à la réflexion et à l’élaboration d’une pensée. Faire du sport est une activité intellectuelle à part entière ! Là encore on peut parler de transfert … vers ton cursus scolaire ! Comme tu souhaites être tri lingues … tu peux devenir tri sport ! 😊 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
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