SYNDROME DU DEFILE : DE L'ECURIE AU BUREAU !
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- 25 mai
- 5 min de lecture
Par le Docteur Stéphane CASCUA
Médecin du sport, rédacteur en chef de www.docdusport.com
Octave a 38 ans. Il prépare les championnats du monde d'attelage à quatre. Ses chevaux sont des "warmblood", une race Néerlandaise puissante et rapide. Ces animaux impressionnant tirent une carriole appelée "voiture". Il y a bien sûr une épreuve de dressage où la calèche est fine et élégante. Il existe aussi une épreuve de maniabilité avec slalom entre des quilles sur une grande carrière en sable ou en herbe. Incontestablement, le clou du spectacle est un cross nommé "marathon". Cette fois le quatuor sportif emmène une voiture légère et moderne sur un long parcours naturel avec du dénivelé, des gués et des franchissements de portes étroites délimitées par d'épais poteaux de bois. Un vrai sport de haut niveau nécessitant condition physique et entraînement intensif !
DOULEURS ET FAIBLESSES
DU COU, DES EPAULES ET DES BRAS
Depuis des mois, Octave a mal à la base du cou et dans les épaules. La douleur irradie vers les doigts. Il décrit aussi une sensation de faiblesse voire de maladresse dans les bras et les mains … très handicapant pour tenir et mener avec subtilités ses quatre équipiers de 500 kilos !
UNE BLESSURE SOUVENT MECONNUE
"ON NE TROUVE QUE CE QU'ON CHERCHE"
Il a déjà bénéficié d'un gros bilan médical. Il a fait des IRM des épaules qui sont normales. Il a aussi réalisé une IRM du cou qui montre des usures discales banales chez un sportif de haut niveau. En tout cas il n'existe pas de hernie discale touchant un nerf qui descend vers les membres supérieurs. Un test de la conduction nerveuse a même été prescrit, il est revenu normal ! Il a effectué un peu de kiné avec du renforcement des épaules et du cou … sans succès !
UNE POSTURE ET UNE MORPHOLOGIE TYPIQUES

A l'examen on ne peut que noter la musculature d'Octave. En jargon médical, on dit qu'il est "bréviligne" … à savoir l'inverse de longiligne. Il a un cou de taureau avec des trapèzes qui montent jusqu'aux oreilles, des pectoraux courts et volumineux, des deltoïdes galbés et puissants. Spontanément, il se tient les épaules enroulées comme un cocher penché en avant pour mobiliser le fouet long d'attelage et les 4 lourdes guides à 8 brins menant à la bouche des quatre chevaux. Incontestablement, il a la morphologie et la posture d'un syndrome du défilé thoraco brachial ! Cette blessure correspond au coincement intermittent des nerfs et des vaisseaux menant au bras, lorsqu'ils passent en haut du buste . Classiquement, ils sont pincés entre la clavicule et la première cote. Parfois, ils sont écrasés entre les faisceaux musculaires situés à l'avant de cou, les scalènes. Plus rarement, ils se voient piégé dans muscle petit pectoral qui relie l'omoplate aux côtes. Le thérapeute parvient à faire mal en appuyant sur ces zones … beaucoup plus rarement il provoque une irradiation dans les bras. Chez Octave, le siège de la douleur est classique, juste entre la clavicule et la première côte. Le test du chandelier est positif : lorsqu'il ouvre et ferme les doigts longuement, les bras en croix, coudes fléchis au dessus des épaules, il retrouve ses sensations étranges et sa faiblesse dans les membres supérieurs et les épaules.
DES EXAMENS NECESSAIRES
… MAIS SOUVENT NORMAUX
Vous le savez, Octave a déjà bénéficié d'un contrôle de la transmission nerveuse, un EMG. Souvenez-vous, il était revenu normal. En effet, ce test est peu sensible car il mesure l'altération de la contraction musculaire. Cette dernière est tardivement altérée alors que la sensiilité l'est bien plus précocement. De surcroît, en cas de syndrome du défilé, la compression est intermittente. La gène survient dans l'action mais reste insuffisante pour abîmer le nerf. Il est donc opportun de prescrire un echo-doppler dynamique. Cet examen évalue le passage du sang dans les zones suspectes. L'analyse des flux est sensibilisée grâce à des postures spécifiques.
ELECTROMYOGRAMME, ECHODOPPLER DYNAMIQUE
… SURTOUT
NEURO IRM ET ANGIOSCANNER
… RAREMENT
Malheureusement, là encore, il arrive souvent qu'un authentique syndrome du défilé ne montre guère d'anomalies significatives. L'IRM du buste permet d'analyser la région. Parfois, on peut y repérer quelques anomalies anatomiques à l'origine de possible conflit avec les nerfs et les vaisseaux. Il peut s'agir d'une volumineuse expansion de la dernière vertèbre du cou comparable ou d'une côte supplémentaire. De temps à autres, on trouve des haubans fibreux entre la clavicule et la première cote ou entre les faisceaux musculaires de la base du cou qui frottent sur paquet vasculo-nerveux. En cas de symptômes très invalidants laissant envisager une libération chirurgicale du conflit, l' imagerie ultra spécialisée peut encore gagner en pertinence. Il est parfois possible de la réaliser en posture contraignante. On peut utiliser des séquences magnétiques qui isolent les nerfs et on réalise des coupes très fines. On peut aussi injecter des produits de contraste dans les artères, on parle d'angioscanner. Malheureusement, il est fréquents que tous ces examens reviennent négatifs alors que le tableau se révèle tout à fait caractéristique. On dit que ces tests sont peu sensibles mais très spécifiques et que le diagnostic est surtout clinique !
LA REEDUCATION EST ESSENTIELLE
Vous l'avez compris cette souffrance est essentiellement posturale. Le plus souvent, il s'agit d'une mauvaise habitude réversible. Il faudra intégrer et automatiser une meilleure attitude. Parfois, cette mauvaise position dure depuis des années et les tissus se sont rétractés en avant et affaiblis en arrière. Vie quotidienne, technique sportive et kinésithérapie s'associent sur le chemin de l'efficacité et du soulagement. L'ergonomie du bureau doit être améliorée : regard presque horizontal, épaules relâchées mais reculées, mains et coudes posés. La bonne position ressemble étrangement à celle de la méditation assise … Comme une antidote à l'intrication des tensions physiques et psychiques. De façon voisine, le retour à une respiration abdominale permet de réduire la sollicitation des muscles inspirateurs thoraciques accessoires. Ces derniers soulèvent les côtes et se situent au-dessus du thorax. Leurs contractures favorisent le coincement des nerfs et des vaisseaux slalomant dans ce défilé anatomique. De surcroît, les mouvements amples du diaphragme stimulent le plexus solaire. Ce dernier est un activateur du nerf vague, lui-même source d'apaisement.
POSTURE EN BUREAUTIQUE :
ENTRE OUVERTURE ET RELACHEMENT
La rééducation posturale s'immiscent aussi dans le sport. Octave doit parvenir à mener ses quatre chevaux musculeux en fermant moins les épaules. Il est nécessaire qu'il respire plus librement , qu'il accède à plus de relâchement malgré la pression du haut-niveau. La préparation mentale s'entremêle alors avec la préparation physique. Puisque le trouble s'est inscrit dans ses tissus, il est bon de penser à la fasciathérapie pour libérer et faire coulisser les grandes membranes fibreuses antérieures. L'ostéopathie peut participer à la restauration de mobilités articulaires oubliées. Même chez cet athlète trapu, le renforcement des chaines postérieures est le bienvenu. Plus que la force maximum et explosive, c'est bien sûr l'endurance de force et de coordination qui est privilégiée.
FASCIA, OSTEO, RENFO, CARDIO, PROPRIO, PSYCHO :
TOUT S'ASSOCIE POUR SOULAGER OCTAVE
Il faut assurer une bonne gestuelle lors des trois épreuves et particulièrement tout au long du "marathon". Le rameur constitue alors une routine de préparation physique idéale avec des sessions incluant de fortes résistances et des séances de cardio fractionné sur des durées et des intensités proches de la compétition. Compte tenu de l'instabilité positionnelle du cocher, Octave doit bosser l'ensemble de son corps. Bien sûr, ses jambes qui prennent appui sur la voiture comme sur une presse. Sans oublier le gainage intelligent de son buste chahuté durant toute la compétition.
CHIRURGIE : EXCEPTIONNELLE !
Si cette stratégie associant humilité et exhaustivité ne suffit pas ! Si le bilan d'imagerie laisse entrevoir un obstacle anatomique sur le chemin tortueux des nerfs et des vaisseaux ! Une chirurgie libératrice peut-être envisagée. La rééducation post-opératoire reprend les bases de la reprogrammation posturale et gestuelle. La reprise au meilleure niveau nécessite 4 à 6 mois.



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