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PLAQUETTES CONTRE PLAQUETTES

Dernière mise à jour : 9 févr. 2023


Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport et rédacteur en chef de www.docdusport.com


Thierry a 44 ans. Il fait du triathlon passionnément. Il s’entraîne tous les jours et pratique la natation deux fois par semaine. Il vient me consulter car il souffre de l’épaule droite depuis 1 mois.


Le Doc : Qu’avez-vous fait de particulier ? Qu’avez-vous changé dans votre activité avant que la douleur ne survienne ?


Thierry : Je crois que je me suis fait mal à l’occasion d’une grosse séance de crawl avec plaquettes. J’ai envoyé un peu et tirant fort sur les bras. Je n’ai rien senti en nageant mais le soir j’étais gêné …


J’examine Thierry. Les tests sont en faveur d’une tendinite du supra-épineux, un petit muscle profond qui surplombe l’humérus. Il me donne son IRM qui montre une belle usure voire une petite perforation de son tendon.


Le Doc : Thierry, je vous explique ce qui vous est arrivé. Le sommet de l’os du bras est entouré d’une nappe tendineuse. Elle porte le nom de coiffe des rotateurs car elle ressemble une chevelure bien peignée en arrière autour de la tête de l’humérus. En se contractant, elle a pour mission de compenser le manque de stabilité de cette articulation très mobile.


EN CRAWL, LES TENDONS DE L’ÉPAULE FROTTENT SUR L’OMOPLATE


Elle crée un centre de rotation pour l’épaule. Ainsi les gros muscles du buste parviennent à mobiliser le bras sur de grande amplitude sans faire pistonner l’humérus. Malheureusement, avec la fatigue, la coiffe devient moins efficace, la tête de l’humérus se balade un peu plus et les tendons qui la recouvre finissent par frotter sur la voûte de l’omoplate.


Thierry : C’est vrai ! J’ai fini cet entraînement avec plaquettes épuisé !


Le Doc : Bien sûr, les plaquettes augmentent la résistance et font beaucoup plus travailler les muscles. Mais ce n’est pas le seul souci. En cas de technique imparfaite, elles incitent à rentrer dans l’eau en commençant par le pouce, en mettant plus le membre supérieur en rotation interne.


TECHNOPATHIE : BLESSURE ENGENDRÉE PAR UN DÉFAUT TECHNIQUE


Dans cette attitude, les tendons se coincent plus volontiers entre l’humérus et l’omoplate. On parle de « conflit sous acromial ». D’ailleurs, ce mouvement délétère ressemble étrangement au test médical de Jobe qui vous a fait mal lors de mon examen.


Thierry : Ah oui ! La natation, c’est vraiment très technique. Un copain m’a dit que je croisais trop devant au lieu de rester dans le prolongement de mon épaule.


Le Doc : Vous avez raison, il est bon d’aller chercher loin devant mais sans se désaxer. Vous comprenez aisément qu’en plaçant votre main au-dessus de votre tête, vous rapprochez dangereusement votre humérus de la voûte osseuse de l’omoplate. Et, vous pincez vos tendons ! Là encore, cette mauvaise habitude se montre délétère pour votre coiffe de rotateurs.


Thierry : C’est une drôle de tendinite ! La lésion est provoquée par un coincement, pas par une mise en tension !


Le Doc : C’est exact ! C’est l’excès de traction qui provoque habituellement les blessures tendineuses. Le tendon d’Achille à la cheville constitue l’exemple emblématique. Ce processus est minoritaire à l’épaule. Cependant, la puissance des contractions inhérentes à votre séance intense avec plaquettes a contribué à abimer votre supra-épineux. Etonnement, il s’agit souvent des contractions de freinage en fin de retour aérien qui agressent vos tendons. En effet, à l’occasion de cette sollicitation dite « excentrique », le bras part dans un sens et le muscle tire dans l’autre. Votre tendon est comme écartelé !


Thierry : Je vois ! Il faudra améliorer ma technique et faire un peu de préparation physique. Mais, en attendant, comment soigner cette blessure ?


Le Doc : Je vous propose de faire un PRP pour « Plasma Riche en Plaquettes ». Le radiologue vous fait une prise de sang, centrifuge le prélèvement, récupère la hauteur correspondante à la vos plaquettes.


PRP POUR « PLASMA RICHE EN PLAQUETTES »


Ces dernières sont les petites cellules qui s’agglutinent sur les plaies, les bouchent et attirent vos cellules souches qui savent se transformer pour reconstituer un tissu spécifique. Sous échographie, l’imageur dépose vos plaquettes à l’endroit où votre coiffe des rotateurs est abîmée. Voilà qui stimule la cicatrisation de votre tendon.


Thierry : C’est comme une infiltration ?


Le Doc : Non, le geste technique est très voisin mais ce n’est le même produit. A l’occasion d’une infiltration, votre médecin injecte à un endroit précis, quelques gouttes de corticoïdes, un puissant anti-inflammatoire. Ces molécules réduisent très efficacement l’irritation des tissus. Cependant, ils dissolvent aussi les protéines notamment celles qui constituent les tendons. Les infiltrations gardent encore une place en cas de « bursite » de l’épaule.


INFILTRATION POUR RÉDUIRE INFLAMMATION

PRP POUR RECONSTRUIRE UN TISSU


Cette « bourse gonflée » ressemble à une grosse ampoule douloureuse qui se forme en cas de frottements excessifs les tendons et la voute osseuse de l’omoplate. Mais, en ce qui vous concerne, lorsqu’il existe une vraie lésion tendineuse, il est bien plus logique, plus biologique … et même plus naturel d’y déposer des cellules reconstructrices.


Thierry : Donc, après, il faut respecter une période de cicatrisation ?


Le Doc : Oui ! c’est tout l’intérêt ! Nous allons enclencher une vraie réparation tissulaire. Mais, rassurez-vous, vous allez faire du sport et solliciter de façon croissante votre tendon, on parle de « mécanisation ». En effet, en l’absence totale de contrainte, la cicatrice ne tarde à ressembler à un magma enchevêtré.


CICATRISATION = REMISE EN CONTRAINTE PROGRESSIVE


Elle ressemble à une balafre cutanée après suture réalisée par un interne de première année. En revanche, si vous proposez des mises en tensions progressives, juste en dessous du seuil lésionnel, les fibres s’alignent peu à peu dans l’axe des tractions. La zone est bien plus solide ! De surcroît, pour aider votre organisme à former une belle cicatrice plus résistante, je vais vous prescrire du collagène et du silicium, les éléments constitutifs des tendons.


Thierry : Tout cela dure combien de temps ? Quand pourrai-je reprendre le crawl ?


Le Doc : Il faut vraiment laisser tranquille votre épaule pendant 7 à 10 jours. C’est la durée de vie des plaquettes. Elles s’activent tout au long de cette période pour coller et combler la cavité tissulaire puis attirer de nouvelles cellules. Pendant cette période, un repos strict de l’articulation s’impose. Dans la vie quotidienne, il faut garder votre coude sous votre épaule et ne pas lever les mains. En sport, pas de balancier, pas d’appui … donc pas de course, pas de vélo en appui sur le cintre. Vous pouvez pédaler sur home trainer, le buste à la verticale sans tenir le guidon. En salle, il est possible de faire du vélo couché, avec dossier.


Thierry : Je recommence à utiliser mon épaule à quel moment ?


Le Doc : Après une bonne semaine, il est bon de courir. Le balancement des bras mobilise les tissus sans créer trop de traction. Le Home-trainer intensif ou le vélo de route sur bon revêtement permet d’activer un « centrage actif » de votre épaule grâce à la contraction statique de votre coiffe des rotateurs. Attention, pas de VTT dans les racines et les ornières ! Au-delà de 15 jours, l’entraînement en salle est vivement recommandé. Les différents appareils de cardiotraining permettent de doser l’augmentation progressive des contraintes biomécaniques. En pratique, commencez par du rameur dos droit et coude au corps.


10 JOURS DE REPOS PUIS PROGRESSIVEMENT COURSE, VÉLO, RAMEUR ET ELLIPTIQUE


Au fil des séances, penchez-vous de plus en plus en avant avec votre buste ; vos bras monteront simultanément ; votre geste ressemblera de plus en plus à la brasse. A 2 ou 3 jours d’écart, optez pour une progression voisine sur elliptique. Débutez mains en bas des rames. Peu à peu, prenez-les de plus en haut. A la fin de la semaine, votre mouvement s’apparentera au crawl … mais sans le retour aérien et son freinage agressif pour les tendons de la coiffe des rotateurs.


Thierry : Et ma natation ? Et ma natation ? 😊


Le Doc : Vous avez raison 😊 … Elle arrive ! A trois semaines du PRP, il faut que je vous revois pour faire un point. C’est le délai de mise en continuité de la petite déchirure. Il est nécessaire que n’ayez plus de douleur lors des tests clés avant d’intensifier votre pratique et renouer avec la spécificité de la natation. Si tel est le cas, vous recommencez par la brasse. Le mouvement se situe dans le secteur de mobilité naturelle de l’épaule, devant vous, dans votre champ visuel. Validez la glisse bras tendus avant d’attaquer le crawl au cours de la quatrième semaine.


BRASSE 3 SEMAINES, CRAWL FACILE 4 SEMAINES, CRAWL INTENSE 6 SEMAINES


Bien évidemment dans le cadre d’une sollicitation cardiovasculaire et musculaire très proche, au cours de cette même période, vous pouvez monter dans les tours sur rameur et sur elliptique. Sans parler de la course et du vélo que vous pratiquez intensément depuis au moins 15 jours. Bref, vous restez très en forme ! Pas d’inquiétude ! Tout au long de la cinquième semaine, vous intensifiez le crawl et on se revoit à 1 mois et demi de votre PRP afin que je vous rende votre liberté sportive !


Thierry : je n’aurai plus mal … mais pour éviter la récidive ?


Le Doc : Le plus souvent, ce traitement marche bien ! Néanmoins, il faut aussi traiter la cause et je vous ferai une piqûre de rappel technique ! Mais, vous avez dès à présent compris qu’il ne fallait plus rentrer dans l’eau par le pouce mais en glissant la main à plat. Vous saviez déjà que, pour le bien-être de vos tendons, il était vivement déconseillé de ne pas croiser vos appuis au-dessus de la tête et qu’il était recommandé d’avancer votre bras dans l’axe de votre épaule.


TRAITER AUSSI LA CAUSE. SOUVENT UN PROGRAMME INADAPTÉ OU UN DÉFAUT TECHNIQUE


Vous l’avez constaté, l’usage des plaquettes favorise un mauvais contrôle gestuel et nécessite une excellente maîtrise du mouvement. On peut s’en passer le plus souvent à moins que les gants palmés ne constituent un compromis plus indulgent. Enfin, j’aurai l’humilité de déléguer l’encadrement global de votre prestation technique à un bon prof de natation sensibilisé à la prévention des blessures ! C’est ainsi que vous ne souffrirez plus et que les plaquettes auront vaincus les plaquettes !

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