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LE « SYNDROME DE LA POULE AU POT » ET LES FASCIAS !

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

Rédacteur en chef de www.docdusport.com


Thierry a 53 ans. Il est chef d’entreprise. Il vend du mobilier de bureau. C’est coureur passionné. Il y a quelques années, il a quitté la route et il est tombé dans le trail. Rapidement, il a glissé dans l’ultra puis il a basculé jusqu’à l’UTMB et la diagonale. Tout au long de son périple sportif j’ai soigné ses blessures et j’ai accompagné sa surenchère avec bienveillance … Cette fois, il vient me voir parce qu’il a des douleurs lombaires …


Thierry : Docteur, j’ai mal dans le bas du dos … et sur le coté de la colonne. Ça descend en bas des fesses et ça me tire dans l’arrière des cuisses. Je souffre surtout en côte quand je suis longtemps penché en avant. De toute façon, je me sens de plus en plus raide dans la vie quotidienne !






Le Doc : Avez-vous réalisé des examens complémentaires ?


Thierry : Oui. Mon généraliste croyait à une sciatique. J’ai fait une IRM lombaire. Les disques intervertébraux sont un peu aplatis mais il n’y a pas d’hernie qui touche les nerfs. On a même étudié la transmission de l’influx nerveux dans mes jambes, un électromyogramme je crois. Là encore, tout est normal !


J’examine consciencieusement Thierry. Tous les tests cliniques confirment l’absence d’hernie discale et de sciatique. Incontestablement, il manque de souplesse. En se penchant en avant jambes tendues, ses mains atteignent péniblement ses genoux ! Et, la sensation de tension augmente quand il tourne les pieds vers l’intérieur. Lorsqu’il s’allonge et que je lui lève la jambe, la raideur des ischiojambiers se fait sentir rapidement et provoque même une douleur modérée en haut, sur leurs points d’accrochage au niveau du bassin. Bien-sûr, il souffre un peu quand j’appuie sur ses vertèbres. Cependant, il a surtout mal quand je comprime et je frotte de part et d’autre de la colonne, sur les reliefs osseux du bassin. Cet inconfort se prolonge latéralement le long de ses ailes iliaques.


Le Doc : Bon, il faut qu’on discute ! Pas de drame ! Vous avez un « Syndrome de poule au pot ! » 😊


SYNDROME DE LA POULE AU POT : UNE RAIDEUR GENERALISEE DES FASCIAS


Thierry : … Ouah ! Qu’est-ce que c’est !


Le Doc : Thierry, je vous présente ce tableau avec le sourire ! Je vous le décris par le prisme de l’histoire de France, de la nutrition et de la traumatologie du sport ! Vous savez que Henri IV avait promis un peu de viande le dimanche à tous les Français ! Une véritable avancée à une époque où les protéines animales manquaient aux paysans qui utilisaient leurs muscles toute la journée à la manière d’ultra-traileurs ! Néanmoins, il ne fallait pas tuer les jeunes poules en âge de pondre de beaux œufs !


LES ANNEES QUI PASSENT ENRAIDISSENT LES FASCIAS


On ne pouvait que sacrifier une vieille volaille en fin de vie ! Loin d’être tendre comme un coquelet, il lui fallait mijoter avec des légumes pendant de longues heures. Vous l’avez compris, les jeunes animaux sont tendres et les vieilles carnes sont dures et coriaces !


Thierry : … et pour nous, c’est pareil ?


Le Doc : Malheureusement oui ! Les êtres humains évoluent de la même manière. Nos membranes deviennent plus volumineuses et plus raides avec les années.


Thierry : Mais comment expliquer cette transformation progressive ?


Le Doc : Ce tissu rigide remplace en partie les fibres musculaires que nous avons perdues … environ 1% par an pour un entraînement équivalent. Il s’épaissit et devient plus adhérent. Une des causes biologiques est la glycation. Les sucres, et plus spécifiquement le glucose, se fixent insidieusement sur les protéines du corps.


DES FASCIAS EPAIS OCCUPENT LA PERTE DE MUSCLE


DES FASCIAS SUCRES COLLENT COMME DU MIEL


DES FASCIAS QUI COULISSENT MOINS ADHERENT DE PLUS EN PLUS


Ce phénomène altère leurs structures et leurs propriétés mécaniques. Les membranes collent de plus en plus, un peu comme du caramel ou du miel. Enfin, l’origine principale de ce phénomène est la réduction de la mobilisation des articulations. Un vrai cercle vicieux : le tissu adhère et devient gênant, on bouge moins et on s’enraidit plus !


Thierry : C’est ce qu’on appelle les fascias ?


Le Doc : En effet, il s’agit du grand filet qui structure notre corps et qui assurent même le maintien dans l’espace de notre squelette et de nos muscles. Il assure l’intégrité de notre organisme par mise en tension dans les trois plans de l’espace. On parle « tenségrité ». Les sacs musculaires nommés aponévroses, les tendons qui les réunissent et rejoignent l’os, les membranes osseuses de jonction appelées périostes : tous ces tissus ne sont que des fascias plus épais et spécialisés. Ils s’intègrent à l’immense toile d’araignée plus fine qui soutient notre corps. Et, c’est normal que vous ayez mal ! Ces structures possèdent 7 fois plus de récepteurs nerveux à la douleur que les disques intervertébraux !


LES FASCIAS : L’IMMENSE TOILE D’ARAIGNEE QUI STRUCTURE NOTRE CORPS


LES TENDONS, LES APONEVROSES, LE PERIOSTE, LA PEAU : DES FASCIAS SPECIALISES


LES FASCIAS : 7 FOIS PLUS INNERVES QUE LES DISQUES INTERVERTEBRAUX


De fait, les fascias sont beaucoup plus qu’une mode scientifique, ils constituent une réalité millénaire expliquant les bienfaits du yoga !


Thierry : Alors, il faut se remettre aux étirements ?


Le Doc : Excellente question, encore très polémique ! C’est vrai le stretching des années 80 avaient été remis en question, de nombreuses études démontraient leur manque d’efficacité notamment sur la prévention des blessures. Cette pratique tirait sur des muscles isolés, elle imposait des contraintes souvent excessives sur les aponévroses et les tendons. A l’inverse, le Yoga et même le Pilates assurent une mise en tension de la totalité de chacune des chaines fasciales. Ce mode d’action permet une répartition des contraintes bien moins traumatisantes.


ETIREZ VOS LONGUES CHAINES DE FASCIAS


ARRETEZ LE STRETCHING, FAITES DU YOGA OU DU PILATES


Cette contribution globale des haubans ressemble beaucoup plus aux nécessités de la vie quotidienne et du sport ! Voilà qui en fait une bien meilleure préparation physique. Au-delà, des postures, les mouvements de glissement et même les impulsions luttent bien plus efficacement contre les adhérences qui altèrent l’amplitude du geste et le confort locomoteur.


Thierry : Il faut aussi revenir aux à-coups !


Le Doc : Oui, probablement ! Quelques saccades sont les bienvenues pour libérer les zones collées mais aussi créer pour de rapides variations de pressions. Ces dernières pompent l’eau environnante et réhydratent les fascias. Ce processus contribue incontestablement à la souplesse. J’aime comparer la structure tridimensionnelle des fascias à une éponge. Sèche, elle est rigide. Humide, elle est souple. Voilà qui remet à l’ordre du jour le rôle de l’hydratation dans la prévention des tendinites, trop souvent toisée par les médecins.


Thierry : On m’avait dit que les étirements brusques provoquaient une rigidication des muscles …


Le Doc : Vous avez raison. Ils avaient été proscrits pour cause de « réflexe myotatique ». En effet, quand vous étirez brusquement un muscle, il réagit en se contractant. C’est logique. Il se protège de sa propre distension et préserve la stabilité de l’articulation qu’il mobilise. On expliquait alors qu’une posture longuement maintenue inhibait le réflexe myotatique, permettait au muscle de se relâcher assurant ainsi un gain d’amplitude.


VOUS POUVEZ FAIRE QUELQUES A-COUPS POUR :

PRESERVER VOS REFLEXES PROTECTEURS

ROMPRE LES ADHERENCES

HYDRATER VOS FASCIAS


De fait, on obtenait une relaxation des fibres contractiles mais pas une mécanisation des enveloppes. De surcroît, cette méthode intégrée à l’échauffement réduisait le tonus musculaire et la vigilance cérébrale. Voilà qui pouvaient favoriser les traumatismes et les contre-performances !


Thierry : C’est pour ça qu’on voit les footeux de ligue 1 s’échauffer en faisant de grands balanciers !


Le Doc : Oui, bien-sûr ! Les étirements balistiques sont devenus la norme. Comme les à-coups, ils sont à l’origine d’une réhydratation assouplissante. Surtout, ils restaurent l’architecture en chevron des fascias. Les fibres de nos membranes s’organisent comme le sigle Citroën. Quand vous les étirez, elles s’ouvrent. Au retour, elles se referment. De fait, les étirements statiques déplient le chevron sans le replier : vous gagnez en amplitude et vous perdez en élasticité. Ce phénomène constitue aussi un facteur de risque de blessure.


BALANCIERS ET CROSSFIT ENTRETIENNENT L’ELASTICITE DES FASCIAS


L’entraînement avec kettels, caractéristique du CrossFit, est un autre exemple de l’intérêt tissulaire et fonctionnel du travail balistique. La remontée de la charge se fait en partie grâce à l’énergie potentielle accumulée dans les fascias. Un bel exemple d’entretien de l’élasticité.


Thierry : Toutes ces explications me suggèrent des pistes de traitement pour mon « syndrome de la poule au pot » !


Le Doc : Parfaitement ! Vous le savez, vous ne croisez pas assez votre entraînement. Vous ne faites pas de préparation physique au trail ! La nature vient de vous laisser un message ! Elle vous en rappelle tout l’intérêt ! Il s’agit d’une véritable opportunité. Dans la rubrique gain d’amplitude, faites du Pilates une fois par semaine avec votre épouse, c’est vrai gage de complicité ! Dans la catégorie renforcement musculaire, programmez un CrossFit hebdomadaire avec les copains ! Vos membranes colleront moins sur les reliefs osseux et vous ne souffrirez plus ! Vos fascias gagneront en élasticité et vous améliorerez le rendement de votre foulée ! Vous allez progresser !


Thierry : je vous reconnais bien là ! Vous me soignez en me prescrivant plus de sport ! Ça me va ! … mais la médecine peut-elle peaufiner ma prise en charge ?


Le Doc : Evidemment ! Tout en douceur ! Avec des compléments alimentaires : du collagène, du silicium et de l’acide hyaluronique. Ne vous laissez pas déstabiliser par les indications cosmétologiques mentionnées sur les boîtes. Ces molécules sont omniprésentes dans le peau. On peut d’ailleurs considéré le revêtement cutané comme un fascia spécialisé. Ainsi, lutter contre les adhérences et les raideurs de nos membranes permet aussi de prévenir les rides ! Faites attention à ne pas vous faire piquer vos compléments par votre épouse … C’est très fréquent ! Je raconte souvent cette anecdote en consultation mais je ne l’écris jamais dans mes articles … L’humour genré n’est pas toujours apprécié 😊 !


Thierry : Et les massages ?


Le Doc : Oui bien-sûr ! Pendant des années on les a considérés comme placebo ! Encore une fois la science doit faire preuve d’humilité et se rappeler que les vérités sont souvent provisoires ! Incontestablement, un bon massage fait coulisser les fascias. Quand il est énergique et un peu douloureux, il parvient à rompre les points d’adhérences. Les fasciathérapeutes travaillent beaucoup autour de ce concept. De temps à autre, n’hésitez pas à vous offrir un massage sportif et expert, ce n’est pas une hérésie scientifique !


MASSAGES SPORTIFS, ROULEAUX, THERAGUN ET VENTOUSE POUR LA SANTE DES FASCIAS


Cependant, je vous invite à des traitements locaux en toute autonomie. N’hésitez pas à utiliser un rouleau de massage, c’est un grand classique. Vous pouvez aussi balayer les zones que vous sentez enraidies avec un pistolet de massage type Theragun. Sur les zones vraiment adhérentes, je vous suggère de vous servir d’une ventouse électrique thérapeutique. Encore une pratique millénaire remise au goût du jour à la lumière des fascias. La succion et la chaleur s’associent pour décoller et revasculariser les fascias. Pour vous, comme pour beaucoup, elles peuvent s’appliquer sur les ischions, au niveau du pli fessier ou sur le coté de la colonne vertébrale en regard des fossettes de Vénus …


Thierry : Les fossettes de Vénus …


Le Doc : Ce sont les petites concavités sur les reliefs à l’arrière du bassin. Elles portent le nom de la déesse romaine de l’amour et de la séduction car elles sont considérées comme emblématiques de la beauté féminine … D’ailleurs, lorsqu’une de mes patientes est atteinte de raideur des fascias, je me garde bien de lui asséner le diagnostic de « syndrome de la poule au pot » ! Je lui indique qu’elle est atteinte du « syndrome de Vénus » ! L’humour genré bienveillant est souvent corrélé à la galanterie 😊 !






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