ENVIE DE SUCRE ? C’EST A CAUSE DE SAPIENS !
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- il y a 12 heures
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Par le docteur Stéphane Cascua
Médecin du sport. Nutritionniste du sport
Enzo a 15 ans. Il fait du foot 4 fois par semaine, 3 entrainements et un match. Il est accompagné de son papa. Il vient me voir pour son certificat médical d’aptitude. Il est un peu rondouillard. Alors que je lui mentionne gentiment qu’il serait plus rapide sur le terrain s’il était plus affûté. Son papa intervient.
Papa : Ah oui, docteur, il n’arrête pas de manger des sucreries … il adore tous les bonbons, il les achète avec son argent de poche et les cache dans sa chambre ! Son pêché mignon, les fraises TAGADA …
Le Doc : Ah Enzo ! Je vais t’expliquer ! Les bonbons contiennent des sucres tout simples, appelés aussi « rapides ». Ils passent très vite dans le sang. Tes muscles n’arrivent pas à en absorber autant. Au lieu de remplir tes réserves de « glycogène », l’énergie utilisable pour le sport intense comme le foot, l’excès est stocké sous forme de graisse. Pour les gourmands, je propose une astuce plaisir. Tu peux prendre 3 à 4 bonbons juste après la séance. Au cours de l’effort, tes masses musculaires ont vidé leurs stocks de sucre, le fameux « glycogène ». A l’issue, elles sont particulièrement demandeuses.

Elles augmentent leur capacité d’absorption. Au lieu de faire de la graisse sur le ventre, le sucre rentre dans les muscles et servira pour l’entraînement suivant ! On parle de « fenêtre métabolique » . Même si l’urgence de l’ingestion de sucre est désormais remise en question, le phénomène biologique subsiste …
Enzo : Pourtant, si j’ai souvent envi de grignoter des friandises, c’est que mon corps les réclame !
Papa : Pfff ! Enzo, arrête un peu !
Le Doc : Hey ! La remarque n’est pas dépourvue de bon sens ! La médecine évolutionniste peut nous apporter une explication pertinente ! De notre appétence pour le sucre dépend la survie de nos ancêtres depuis des millions d’années. En effet, Sapiens devait profiter de la courte saison des fruits pour se gaver et faire des réserves de graisses pour le reste de l’année. La principale matière première à l’origine de ce stockage n’est autre que le fructose. Ce sucre simple avait autrefois bonne réputation. Son étymologie évoquant les fruits était rassurante. De surcroît, on constatait qu’il élevait très lentement le taux de glucose dans le sang, évitant ainsi la saturation de système de stockage musculaire, réduisant d’autant sa transformation en graisse. Sa vitesse de passage, son index glycémique, est de 20 alors que celui de son frère, le glucose, est de 100. Malheureusement, les recherches récentes ont démontré l’inverse ! En fait, dès qu’il arrive dans le foie, il est métabolisé sous forme de graisse … et non pas en glucose !
A LA BELLE SAISON, SAPIENS DEVAIT MANGER BEAUCOUP DE FRUITS SUCRES POUR FAIRE DES RESERVES DE GRAISSES
Une vraie cohérence évolutionniste afin que la saison des fruits permettent à Sapiens de faire des réserves adipeuses pour l’hiver. Pire encore, on constate que le sucre appelle le sucre. L’apport en produits sucrés n’est pas satiétogène … ne coupe pas l’appétit mais au contraire entretient l’envie ! Il fallait vraiment que Sapiens puisse se goinfrer ! Il n’en est pas de même pour les graisses qui coupent rapidement l’appétit ! Le sucre de table et celui de la majorité des confiseries est le saccharose. Ce dernier contient deux anneaux : un glucose et un fructose. Il provoque un stockage de graisse massif. Dans tout le corps avec le premier, dans le foie initialement pour le second !
Papa : … Intéressant ! Est-ce que c’est pour le sel ?
Le Doc : Oui ! Bien sûr ! Le sucre et le sel constitue d’ailleurs deux des quatre saveurs perçues par la langue. Les autres sont l’acide et l’amer pour détecter respectivement les fruits pas assez mûrs et ceux qui sont pourris. Notre goût effréné pour le sel répond aussi à un besoin vital pour notre espèce. En effet, il y a 380 millions d’années, la vie a quitté les océans. Pour préserver un climat biologique voisin, elle a pris soin de rester recouverte d’un manteau marin ! C’est notre milieu extra-cellulaire ! Nos cellules baignent dans l’eau salées et il faut impérativement manger du sel pour préserver ce cocon vital ! Non loin des côtes, Sapiens s’efforçait de manger des crustacés et des poissons. A l’intérieur des terres, la tâche était plus ardue et l’envie de sel était indispensable à sa survie.
COMME POUR LE SUCRE, L’APPETENCE POUR LE SEL EST VITALE !
Le régime très carnivore permettait de récupérer le sel des animaux, notamment en buvant leur sang. L’homme préhistorique chassait et cueillait beaucoup dans des zones où affleurait le sel gemme dans anciens bassins maritimes. Les plantes y contenaient plus de sel et la viande des herbivores également. Depuis des millions d’années, nous sommes formatés pour rechercher le goût du sel !
Le papa : Ah oui ! Et maintenant tous ces aliments nous sont proposés à profusion !
Le Doc : Et oui ! Tout se passe comme si l’agroalimentaire profitait de nos pulsions ancestrales. Elle nous propose des denrées très sucrées ou très salées ! Et Enzo nous dit à juste titre que son corps le lui réclame ! Sauf que dans les rayons de la grande distribution c’est une abondante saison des fruits toute l’année … et ces derniers sont le plus souvent remplacés par des sucreries, des bonbons, des sodas ! Même les jus de fruits constituent des bombes glucidiques. Sapiens ne disposait pas de pressoir, il était dans l’obligation de mastiquer voire d’éplucher longuement des fruits moins sucrés !
AU SUPERMARCHE, C’EST LA SAISON DES FRUITS TOUTE L’ANNEE !
Même les fruits ont été sélectionnés par l’agriculture pour être bien plus appétents. Il est d’usage de dire que les fruits les plus sucrés du paléolithique contenait autant de sucre d’une carotte actuelle ! En raison de notre appétence naturelle pour le sucre et le sel, ces aliments sont discrètement ajoutés à des plats préparés dits « ultra transformés » alors qu’ils sont absents de la recette traditionnelle.
Enzo : Puisque je suis une victime des temps moderne et des hypermarchés, que dois-je faire ?
Le Doc : Enzo, les études montrent que le gout pour le sucre constitue une véritable addiction. Les rats qui ont le choix prennent plus de glucose que de cocaïne. Voilà qui signifie que tu en voudras de plus en plus … et que la privation sera douloureuse ! Heureusement, contrairement à la drogue, le syndrome de manque est moins violent et plus court. En 7 à 10 jours sans produit sucré, tes envies pour les friandises vont vraiment se réduire ! En 1 mois, ton cerveau sera reprogrammé et même tes associations comportementales du genre « télé sucreries » auront disparues ! … Monsieur le papa 😊, pendant cette période Enzo sera un peu nerveux et irritable. Il faudra être un peu indulgent … Enzo, tu n’en profites pour régler tes comptes !
VARIER LES PLAISIRS APAISANTS POUR REMPLACER LE SUCRE
Tu peux initialement les échanger contre un moment agréable et maîtrisé : 5 minutes de scrolling Instagram … ou mieux, un ou deux carrés de chocolat très noir … et mieux encore, un peu de ballon dans le jardin ! Ensuite, je t’invite à contrôler ton ingestion de friandise ! Tu arrêtes pour la vie entière les sodas … tu prends un jus de fruits délicieux après le sport. Tu savoures un dessert sucré à la fin d’un repas équilibré riche en crudités ou en légumes. Sinon tu prends un fruit … le bonbon de Sapiens !





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