LA FRACTURE DE FATIGUE DU DEUXIEME METATARSIEN
- secretariatdocteur4
- il y a 3 jours
- 5 min de lecture
Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport
Rédacteur en chef de www.docdusport.com
Â
Vous avez mal à l’avant du pied en courant. De nombreuses lésions sont envisageables. C’est souvent une fracture de fatigue. Explications et solutions

Â
Le deuxième métatarsien est une baguette osseuse située dans l’axe du deuxième orteil. Cette dernière se prolonge jusqu’à la base de la cheville. Avec ses voisines, elles forment un clavier conçu pour épouser les irrégularité de terrain … à moins qu’une chaussure épaisse ne bloque cette mobilité naturelle. Chaque métatarsien se termine par une petite sphère qui s’articule avec l’orteil en regard. La zone de jonction entre la tête et la baguette est toute fine … et fragile ! On parle de col du métatarsien.
Â
Une blessure d’extension
Â
Quand vous terminez votre phase d’appui, lorsque vous poussez sur le sol, vos orteils passent en extension. Ce mouvement est particulièrement marqué au sein de l’articulation du gros orteil qui constitue l’axe principal de propulsion. Insidieusement, vous tordez aussi le col de vos métatarsiens qui participent à la bascule du pied. Â
Â
LE DEROULE DE LA FOULEE TORD LE COL DU 2 EME META
Â
Â
Ce stress mécanique s’accroit quand vos semelles sont fines et souples mais également à l’occasion du griffé dans les bosses. Le deuxième rayon est souvent plus long que le premier, on parle de « pied grec » retrouvé chez 20 à 30% de la population. Si vous êtes porteur de cette particularité anatomique, l’extension du gros orteil s’aligne sur le col du deuxième qui voit ses contraintes en incurvation se majorer considérablement. A la manière d’un fil de fer que l’on plie de façon répétée et qui se rompt, le col du métatarsien finit par se casser. C’est la fracture de fatigue !
Â
Comment faire le diagnostic ?
Â
Votre médecin du sport vous interroge sur votre pratique. Il apprend que vous courez beaucoup. Peut-être avez-vous débuté récemment, à moins que vous n’ayez augmenté rapidement votre charge d’entraînement en accumulant kilomètres, fractionnés ou relief.  Il constate que vos chaussures sont plutôt fines, dynamiques voire minimalistes. A l’examen, il voit votre « pied grec » et parfois un petit gonflement en regard du col du deuxième métatarsien. Vous avez mal quand vous marchez sur la pointe de pieds ou lorsque vous sautillez. A la palpation, vous présentez une douleur vive exactement à cet endroit.
Â
DE NOMBREUSES LESIONS RESSEMBLENT A CETTE FRACTURE DE FATIGUE
Â
Attention, l’avant-pied est une zone complexe avec de nombreuses lésions qui ressemblent à la fracture de fatigue du col du deuxième métatarsien. Voilà qui mérite une petite énumération et quelques explications.
Une rupture de la plaque plantaire : déchirure de la membrane épaisse de l’articulation entre le deuxième orteil et le deuxième métatarsien.
Un névrome de Morton : un petit nerf coincé et gonflé entre les têtes des métatarsiens.
Une bursite : Une poche inflammatoire, comme une ampoule profonde, là encore, provoquée par les frottement entre les tête.
Un syndrome d’hyper appui :  Une irritation de la graisse plantaire en regard des têtes des métatarsiens.
Â
L’IRM constitue l’examen de référence pour confirmer, localiser et quantifier la lésion et surtout pour éliminer les autres hypothèses diagnostiques. Parfois, l’image n’est pas typique. Le cylindre de la baguette n’est pas cassé mais on perçoit au milieu de l’os une inflammation. On parle d’œdème de la médullaire caractérisant une souffrance osseuse déjà douloureuse, stade préliminaire de la fracture.
Â
Comment vous soigner ?
Â
Vous l’avez compris, ce n’est pas une blessure d’appui, comme une fracture du tibia. C’est une lésion de déroulé ! Ainsi, dans la majorité des cas, vous pouvez poser votre pied. C’est bien mieux pour l’entretien des mobilités, des muscles et surtout pour le retour veineux afin d’éviter la phlébite. Cependant, il est impératif d’empêcher l’extension des orteils pour ne plus tordre la col de la baguette osseuse. Il existe des chaussures orthopédique de ce type mais le plus simple consiste à opter pour des running maximalistes type HOKA. Les semelles épaisses et convexes impossibles à incurver en avant constitue une réelle protection biomécanique.
Â
SEMELLES EPAISSES ET CONVEXES POUR EVITER L’EXTENSION DU 2EME ORTEIL
Â
Optez pour un modèle large ou « wide » pour laisser le clavier s’étaler sans contraintes.  Bien-sûr, les premiers jours vous pouvez utiliser des béquilles ou des bâtons de marche pour réduire la charge tout en conservant l’appui. Très vite, vous parviendrez à vous en passer. Dans ce type de lésions, la règle de la « non douleur » est bonne conseillère. Des compléments alimentaires sont les bienvenus. Evidemment, on pense au calcium et à la vitamine D. On peut avantageusement y ajouter de la vitamine K2, du silicium et du collagène. Parfois des alcalinisants type Acidial compensent le climat acide délétère à l’os et omniprésent chez les sportifs qui abusent de la haute intensité. Le délais de consolidation dépend du stade lésionnel auquel le diagnostic a été réalisé : début souffrance osseuse, fissure confirmée du cylindre ou cal déjà en place. Dans les livres, la guérison est obtenue aux environ de 3 mois. Quoi qu’il en soit, la patience reste un ingrédient important de la recette thérapeutique … Heureusement, vous allez garder vos aptitudes physiologiques et le trottinement participera rapidement à la mécanisation du al osseux !
Â
Gardez la forme !
Â
Entretenir votre condition physique constitue la meilleure méthode pour reprendre plus vite ! le vélo est possible. Au début, si l’appui est sensible, vous pouvez mettre l’avant-pied dans le vide et prendre appui avec le milieu de la chaussure épaisse et convexe. Rapidement, vous renouez avec une position normale. Evitez les semelles incurvées qui placent les orteils en légère extension. Préférez les modèles de type gravel ou VTT plates mais rigides et plates. Dans ces conditions mettre les watts avec des pédales automatiques ne pose pas de problème.
Â
VELO PUIS ELLIPTIQUE SONT INCONTOURNABLES
Â
Il est opportun de tester l’elliptique. En conservant le pied à plat, votre métatarsien devrait rester silencieux. Peu à peu, dérouler un peu votre geste. Grâce à la semelle épaisse et convexe, la bascule est rapidement indolore. Après un à deux mois, bien chaussé, le trottinement s’intègre à votre programme. Il s’agit plus de rééducation à la course que d’entretien physique. Le travail de l’intensité s’effectue sur vélo ou sur elliptique et l’endurance longue est préservée grâce à de grande sortie cycliste. Le renforcement musculaire notamment en freinage est le bienvenu pour reproduire les contraintes inhérentes à la réception de chaque foulée. En salle, il est réalisé sans limite sur les chaises à quadriceps, ischiojambiers, adducteurs et abducteurs puisque les pieds ne sont pas en appui. La presse et les squats pieds à plat avec chaussures épaisses et convexes sont rapidement possibles. Là encore, la règle de la « non douleur » prévaut. Dès que le footing lent est indolore, programmez des séances d’intensité et de durée croissantes. Vous pouvez envisager de courir tous les 2 à 3 jours. Chaque semaine, augmentez la durée de 15 minutes et la vitesse maximum de 10%. Le plus souvent, en 3 mois, vous oubliez votre deuxième métatarsien et vous retrouvez votre niveau ! Welcome !

