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DOCTEUR CASCUA : « ULTRA : J’ACCOMPAGNE, JE NE CAUTIONNE PAS ! »

Propos recueillis par Muriel HATEM

Directrice de la rédaction de www.docdusport.com 

 

Muriel Hatem : Docteur Stéphane Cascua, vous suivez des milliers de coureurs depuis un tiers de siècle 😊. Que pensez-vous de l’engouement actuel pour la course à pied ? Quel est son impact sur la santé ?




 

Docteur Stéphane Cascua : C’est formidable ! Lorsque j’ai commencé la médecine du sport, 4 millions de français faisaient du footing. Désormais, 16 millions pratiquent le running et le trail. Parallèlement, la consommation de tabac de la population a été divisé par deux ! Une belle évolution santé ! L’assiduité et la régularité de l’entraînement ont un effet essentiel sur la prévention de nombreuses maladies. La recherche a mis en évidence de multiples bienfaits cardiovasculaires et métaboliques : réduction des crises cardiaques, , des AVC, de l’hypertension, du diabète et du surpoids.

 

PREVENTION : CRISE CARDIAQUE, AVC, HYPERTENSION, DIABETE

 

Mais pas seulement ! L’appareil locomoteur se renforce. Le cartilage s’adapte et l’os gagne en densité. On note également des bénéfices cognitifs, émotionnels et neurologiques. En clair, la littérature montre une amélioration de la réflexion, de la mémoire et même une multiplication des neurones.

 

PREVENTION : OSTEOPOROSE, DEPRESSION, ALZHEIMER

 

On constate parallèlement, une diminution des dépressions et des maladies neurodégénératives, en particulier d’Alzheimer. Sans oublier le lien social et professionnel ; beaucoup de mes patients courent en groupe ou se retrouvent entre amis pour les compétitions.

 

MH : Mais, toutes ces personnes qui s’essoufflent dans les rues et sur les chemins de montagne, n’est-ce pas dangereux ?

 

DR SC : Le sport et la course à pied améliore la santé cardiovasculaire en sollicitant le cœur … et cet organe doit être en bonne santé pour monter en intensité ! Bilan médical et progressivité sont nécessaires ! Il se produit chaque année 1500 morts subites à l’effort chez des sportifs … qui se croyaient en forme ! Quelques symptômes rendent indispensables un bilan cardiologique.

 

CHAQUE ANNEE : 1500 MORTS SUBITES DE SPORTIFS EN FORME

 

Il s’agit des pertes de connaissance, des malaises, des douleurs dans la poitrine ou des essoufflements récents. Ces signes ont d’ailleurs été repris par de nombreuses fédérations sportives pour imposer le certificat médical d’aptitude. Le société française de cardiologie du sport recommande un électrocardiogramme tous les 2 ans, à partir de 12 ans, chez tous les enfants qui font de la compétition. Cette procédure permet de déceler l’apparition de malformations cardiaques qui pourraient être très dangereuses. Lorsque l’âge avance, la rigueur s’accroît ! Et, en médecine du sport, on devient vieux après 40 ans !

 

EPREUVE D’EFFORT APRES 40 ANS SI COMPETITION OU REPRISE DU SPORT

 

C’est à ce moment que l’obstruction des artères du cœur décompense à l’effort et provoque des crises cardiaques ! Surtout en cas de facteurs de risque surajoutés : tabac, hypertension ou troubles métaboliques. Bref, un homme de plus de 40 ans qui souhaite faire des compétitions ou reprendre le sport doit pratiquer régulièrement une épreuve d’effort. Le consensus se décale à 50 ans chez la femme car elle est protégée par ses hormones jusqu’à la ménopause.

 

PERIODE A RISQUE : REPRISE DU SPORT

 

Le risque prédomine à l’occasion de la reprise du sport. Pendant l’effort, la probabilité d’accident cardiaque chez le sédentaire repenti est multiplié par 30 comparativement au sportif assidu. Il faut attendre 3 à 6 mois de pratique progressive et régulière pour bénéficier des effets protecteurs de l’activité physique.

 

MH : De nombreuses personnes se verront interdire le sport ?

 

DR SC : Non pas du tout ! Les contre-indications sont exceptionnelles ! En cas de souci, une prise en charge experte est instaurée et l’activité physique fait partie du traitement ! Mais, le cardiologue en définit les modalités et encourage la pratique de loisir !

 

 

MH : Et pour les articulations ? Quelles sont les conséquences et les risques ?

 

DR SC : Là encore, les bénéfices prédominent. Vous le savez l’os se structure et devient plus dense en réponse aux impacts. Même le cartilage profitent de ses variations de pressions pour absorber son oxygène et ses nutriments. Et l’arthrose ne s’aggrave pas si vous courrez moins de 30 à 40 kilomètres par semaine. Les disques intervertébraux utilisent également ce mécanisme de réception, propulsion pour entretenir leur élasticité et se réhydrater !

 

PREVENTION DE L’OSTEOPOROSE ET DES LOMBALGIES

 

PAS DE RISQUE D’ARTHROSE JUSQU’A 40 KM PAR SEMAINE

 

Cependant, les os, les tendons, les articulations mettent du temps à s’adapter alors que les muscles et le cœur progressent plus vite. C’est normal ! Les premiers sont blancs et pauvres en vaisseaux sanguins. Les seconds sont rouges et pleins de sang.

 

 

ATTENTION AUX PROGRAMMES D’ENTRAINEMENT INADAPTES

 

 

En pratique, vous gagnez en vitesse et endurance mais souvent votre appareil locomoteur ne résiste pas à cet accroissement des contraintes ! Et vous finissez dans le bureau du doc pour tendinite, périostite, fracture de fatigue ou douleur de rotule. Ces blessures ont nettement progressé depuis que les programmes d’entraînement dépersonnalisés fleurissent sur internet … voire dans certains clubs d’athlétismes. Les concepteurs sont souvent déconnectés des contraintes médicales propres aux sédentaires repentis, aux quadras ou aux quinquas !

 

MH : Pouvez-vous nous donner votre avis concernant l’augmentation des distances en compétition ?

 

DR SC : Cette surenchère est plutôt délétère ! Un 10 kilomètres constitue déjà une épreuve nécessitant de l’entraînement ! Pourtant cette compétition est désormais considérée comme le début du commencement des prémisses de la course à pied. Elle semble même accessibles au sédentaire ! Je me souviens d’une grande épreuve parisienne au début du printemps dernier. Les premières chaleurs enveloppaient la capitale. Mon voisin de foulée lance soudain : « Oh, il y a des cadavres partout ! ». En réalité, les malaises se multipliaient chez des coureurs grisâtres qui titubaient puis s’allongeaient sur les côtés alors que les motos des médecins se faufilaient dans le peloton sirène hurlante. Incontestablement, ces individus n’étaient pas prêts et avaient présumés de leurs forces ! Les vendeurs de dossards et les organisateurs ont une part de responsabilité.

 

UN 10 KM EST INACCESSIBLE AU SEDENTAIRE REPENTI

 

Au-delà de la composante mercantile, il existe un biais psychologique que j’appelle la « carence d’empathie ». Ce sont souvent d’anciens athlètes talentueux qui ne peuvent pas comprendre la difficulté objective des épreuves proposées. Il en résulte une terminologie parfois inadaptée. Le triathlon « découverte » n’est pas qu’un début condamnant le pratiquant à augmenter les distances. Votre médecin du sport l’affirme et vous rassure, les 500 voire 750 mètres de natation, 20 kilomètres de vélo et 5 Kilomètres de course peuvent constituer une fin en soi. Sa préparation correspond parfaitement à un programme santé forme ! D’ailleurs, cette compétition s’appelle désormais XS ou Sprint, un terme autrement plus valorisant et justifié !  

 

UNE EPREUVE « DECOUVERTE » PEUT CONSTITUER UNE FINALITE POUR LA VIE ENTIERE

 

L’Eco trail de Paris fait la même erreur.  Initialement la distance la plus courte était de 18 kilomètres et se nommait Twin Santé ! C’était trop pour un sédentaire repenti ! Les organisateurs ont donc proposé un 10 km … c’est mieux !  Mais ils n’ont pas pu s’empêcher de l’appeler « découverte » … ils n’ont fait qu’un bout du chemin ! Heureusement, je dis à mes patients pleins de bonnes résolutions : « Soyez sans crainte, vous pouvez continuer à découvrir toute votre vie ! Votre santé s’en portera à merveille ! »

 

LE MARATHON : DEJA UN VRAI CHEMIN DE VIE

 

Quand j’ai débuté mon métier, j’ai coché la case du marathon en 3H30. C’était largement suffisant pour être crédible. Désormais, l’épreuve reine de l’athlétisme et ses 42 kilomètres sont banalisés et considérés comme une formalité. Pour être respecté dans l’open-space chez AREVA, il faut avoir couru un ultra-trail, au moins 100 miles dans la montagne en encaissant 10 000 mètres de dénivelé positif. Ce n’est pas raisonnable ! Les bénéfices du sport pour la santé commencent à partir de 3 fois 30 minutes par semaine. Ils diminuent au-delà de 7 heures par semaine !

 

LES BENEFICES DU SPORT DIMINUENT AU DELA DE 7 H PAR SEMAINE

 

Etonnamment, les paléonthologues nous apprennent que sapiens couraient environ 2 heures tous les 2 jours à l’occasion des chasses à l’épuisement … épuisement pour le gibier ! Les ultras correspondent plutôt aux grandes migrations rencontrées lors des crises écologiques ou climatiques. Ces longues marches étaient exceptionnelles et toutes les générations n’y étaient pas confrontées ! L’homme peut y parvenir bien sûr … mais c’est un stress biologique majeur !

 

LA MATURITE : PARVENIR A S’APAISER SANS S’EPUISER

 

Evidemment, je respecte les motivations de mes patients. Le désir d’accomplissement est omniprésent, il tourne parfois à la rédemption douloureuse en réponse aux fracas de la vie … je me dois d’être vigilant face à des sujets souvent hyperactifs dans tous les domaines, professionnels et sportifs, qui glissent parfois vers le burn-out, le surentraînement ou la dépression, trois cousins biologiques ! Bref, j’accompagne mais je ne cautionne pas ! Puisque l’âge venant, l’énergie diminue inexorablement, la surenchère n’est pas le chemin, il est impératif d’apprendre à s’apaiser sans s’épuiser !

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