LE RENFO NE SOIGNE PAS TOUT !
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- il y a 3 heures
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Depuis quelques années, le renforcement musculaire est de plus en plus utilisé pour traiter les blessures. Malheureusement, il arrive que cette stratégie soit sans intérêt, excessive voire contre-indiquée !
Par le Docteur Stéphane CASCUA,
Rédacteur en chef de www.docdusport.com
Voici quelques cas cliniques, authentiques, emblématiques, parfois humoristiques … un soupçon polémiques. Ils illustrent l’opportunité du bon sens, des connaissances, de la modération et de l’individualisation face à la déferlante des références scientistes déconnectées de la vraie vie !
Plus vite, plus haut … moins fort 😊 !
Amélie est une ravissante rameuse. Elle prépare tout simplement les jeux olympique en aviron … Parallèlement, elle parvient à suivre un brillant cursus d’économie à la faculté. Elle a mal à la base du cou et entre les omoplates. Je lui demande dans quelles circonstances surviennent ses douleurs. Elle me précise qu’elle souffre quand elle est à son bureau notamment quand elle surligne ses polycopiés. Elle m’avoue qu’elle travaille vautrée sur sa table. Bref, elle a « syndrome du Stabilo », la tête penchée, tordue et suspendue. Je la questionne : « qu’elle ont été les traitements entrepris ? ».

ON NE NOUS DIT PAS TOUT 😊
LE RENFO NE SOIGNE PAS TOUT
Elle m’indique qu’elle a fait de la rééducation et du renforcement des fixateurs des omoplates ! 😊 Je ne peux que déployer un sourire taquin : « La faiblesse de tes muscles ne me parait pas être la cause de ta douleur … toi qui, 15 à 20 heures par semaine, rame, fait de la musculation et du tirage en tous sens ! Bref, plus que tenter d’adapter vainement le corps à une contrainte mécanique, nous allons opter pour la réduction de cette contrainte ». Amélie a investi dans un pupitre à 45° où elle a posé ses polys. Elle a surligné en posant le coude sur la table. De temps à autres, elle a relâché ses épaules et senti le poids de ses mains sur son bureau, tout en respirant amplement … Une dernière astuce thérapeutique référencée dans un article PubMed, publié en - 512 avant JC et écrit par Boudha 😊 ! Très vite, les douleurs ont disparus !
Un footballeur, trois muscles trop gros !
Hicham fait du foot en centre de formation. Il revient d’une chirurgie pour syndrome de loge antéro externe. Une blessure qui survient quand les masses musculaires situées à l’avant du tibia sont trop grosses à force de relever les pieds en courant. Il a été opéré afin d’ouvrir les membranes qui enserraient et étouffaient ses muscles volumineux. Au-delà de cette exemple contre-indiquant le renforcement musculaire, les malheurs de Hicham ne s’arrêtent pas là ! Au cours de sa rééducation, avant de renouer avec le terrain, on pratique le renforcement de toute sa jambe. A la reprise de la course, il déclenche des douleurs de mollet … alors, on lui dit : tu n’es pas prêt ! Retourne faire de la musculation ! … Et les symptômes s’aggravent, les douleurs sont de plus en plus précoces ! L’examen médical et l’imagerie montrent deux soucis. On constate que l’artère qui apporte le sang aux muscles est coincée à l’arrière du genou … à cause d’un mollet trop volumineux !
SYNDROME DE LOGE, POPLITE PIEGEE ET SOLEAIRE SURNUMERAIRE CONTRE INDIQUENT LE RENFO !
On parle d’artère poplité piégée ! Et ce n’est pas tout ! … Pauvre Hicham, il accumule les problèmes ! Notre footeux est porteur d’une particularité anatomique. Il présente un soléaire surnuméraire, un muscle du mollet supplémentaire enserré entre le tendon d’Achille et le tibia … qui s’asphyxie quand prend de la masse ! Ces deux blessures ont été provoquée par un excès de renforcement ! Hicham va devoir se démuscler avant de reprendre le foot …
Parfois, les massages permettent le renfo !
Kévin pratique le foot. Sa rotule était mal alignée et frottait dans le couloir osseux de son fémur. Il a bénéficié d’une opération afin de réaxer son appareil extenseur du genou. On parle de transfert de la tubérosité tibiale antérieure. Il vient me voir car la rééducation n’avance pas ! Il ne parvient pas à rependre de la force au niveau de son quadriceps.
TOUTES LES ADHERENCES NE LACHENT PAS AVEC LE RENFO
EN REVANCHE, ELLES EMPECHENT LE RENFO
Il est limité par des douleurs de rotule ! Son thérapeute tente de rompre le cercle vicieux : un muscle faible, une rotule qui se balade et fait mal. Il essaye d’enclencher le cercle vertueux : un muscle plus fort, une rotule bien centrée dans son couloir, sans frottement intempestif et indolore. Mais ça ne marche pas ! Normal ! A l’examen, il ne souffre pas de sa rotule … mais des adhérences de sa cicatrice opératoire quelques centimètres plus bas ! Je masse et décolle vigoureusement la peau collée sur l’os. « Aie, c’est sa doc ! ça c’est ma douleur ! ». Un super kiné a utilisé ses mains de la physiothérapie défibrosante pour restaurer les plans de glissement. Il a pu renouer avec la musculation utile à sa rééducation puis reprendre sur le terrain ! Moralité : le manque de muscle ne constitue pas toujours le facteur limitant de la réadaptation !
Du renfo en récup d’un ultra 😊 !
Pour la première fois, Thierry a terminé l’UTMB, l’Ultra Trail du Mont Blanc, 180 kilomètres dans la montagne accompagnés de 10 000 mètres de dénivelé positif . Sur le dernier quart de la course, il a très mal à l’avant de son genou sur le relief … surtout en descente. Il termine en boitant. L’histoire est très évocatrice, l’examen et l’IRM le confirment : il présente une rotule forcée. Il a de vive douleur à la percussion et sur ses surfaces articulaires. Les images montrent un cartilage très inflammatoire et un œdème qui s’étend largement dans l’os sous-jacent. Il existe même une petite portion de cartilage manquant … probablement une avulsion répondant à une fracture de fatigue de l’os sous chondral … sous le cartilage ! Oui ça existe !
LES LESIONS AIGUES DE CARTILAGE OU CHONDROLYSE CONTRE INDIQUENT LA MUSCULATION
Je lui demande qu’elle ont été les traitements initiés. Il me dit qu’on a fait le diagnostic de syndrome rotulien et prescrit de la rééducation. Il a effectué du renforcement, des squats, des fentes, du travail de quadriceps sur machine. Très vite les douleurs se sont intensifiées. Il a pris peur et il est venu me voir … Je lui explique : Vous avez le genou en feu ! Il doit être soigné et chouchouté ! Vos thérapeutes ont ouvert le tiroir du syndrome rotulien, le genre rotule instable de l’adolescente avec les genoux en X exemptée d’EPS ! Vous n’êtes pas du tout dans cette case ! Votre cuisse n’est pas faible … Voilà des mois que vous courez sur le relief ! Vous avez l’équivalent d’une poussée massive d’arthrose … dans ce contexte aigu et sportif, on parle de plutôt chondrolyse ! L’agression mécanique du renfo surajoutée à votre surmenage compétitif est contre-indiquée. Il faut éteindre l’inflammation afin qu’elle n’abîme pas le reste de votre cartilage. Il faut l’aider à se régénérer et à fonctionner. En pratique : infiltration puis PRP et acide hyaluronique sont programmés. On associe des compléments alimentaires type collagène, chondroïtine, silicium.
POUR APAISER LA DESTRUCTION DU CARTILAGE : INFILTRATION, PRP, ACIDE HYALURONIQUE … ET REPRISE TRES PROGRESSIVE
Bien sûr, on évite le déconditionnement avec une reprise très progressive du mouvement en fonction de la récupération des tissus : vélo en moulinant, elliptique, marche nordique, trottinement, course … puis relief et fractionné ! Il a fallut 4 mois pour que Thierry retrouve du confort ! Désormais, il privilégie le relief pour un renforcement naturel. Pour se réconcilier avec quelques exercices analytiques et savoir où mettre le curseur, je l’invite à lire mes articles « renfo pour la course » et « muscu pour le trail » 😊 ! Mais pour le rassurer, je lui suggère aussi un super bouquin : « les secrets de l’entraînement kenyan » … on n’y parle pas de musculation 😊 !
Sylvia n’a plus 20 ans … Ses tendons n’ont plus !
Sylvia est une coureuse de fond assidue de 54 ans. Elle me raconte une histoire banale de tendinopathie haute des ischiojambiers. C’est une blessure très fréquente à cet âge charnière de la vie. Je l’appelle aussi la « tendinite de la ménopause ». Chez la femme active, la tendinoporose précède l’ostéoporose. Le manque d’oestrogène perturbe l’entretien et la reconstruction des tissus après l’effort. Sans cet anabolisant féminin, les tendons dégénèrent peu à peu pour des raisons puissamment biologiques … et les stimulations mécaniques perdent une bonne part de leurs vertus adaptatives. Heureusement, le traitement hormonal de la ménopause pondère ce cataclysme endocrinien et la dégradation tissulaire qui en résulte ! Bref, ma stratégie thérapeutique autour de cette blessure est empathique, bienveillante … et sportive !
LE CONTEXTE BIOLOGIQUE SURCLASSE LES PROCESSUS D’ADAPTATION MECANIQUES
Automassages au pistolet, un peu de travail de freinage très doux, compléments alimentaires … course à pied à petites foulées, elliptique pour l’intensité, vélo en moulinant pour la durée … et patience ! Ca va guérir ! Toujours est-il que Sylvia a « bénéficié » d’un protocole de renforcement. On lui a expliqué : « les contraintes de tractions musculaires créent des adaptations tendineuses … surtout quand on dépasse 70% la force maximum ! » . On a oublié de lui préciser : « Sauf quand le contexte hormonal … et l’âge de le permettent pas ! … sauf quand le tendon ne tolère plus la force du muscle ! » Et, lors d’un Hip Trust, dans un grand crac douloureux, elle a complètement rompu son tendon des ischios ! Logiquement, la fissure s’est complétée à la manière d’un accro dans le pantalon qui vous découvre la culotte lors d’un accroupissement ! Souvent les ischios se décrochent un peu et parviennent à se recoller spontanément un peu plus bas. Et, le traitement peut être fonctionnel. Cette fois, rétraction musculaire, hémorragie, impotence et nerf sciatique en embuscade ont imposé un geste chirurgical de réinsertion !



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